« Notre vieux modèle social basé sur le salariat a vécu ! »

Publié dans le quotidien Le Monde du 2 février 2016 par Xavier Kergall (Directeur général des Salons des entrepreneurs) et François Hurel (Président de l’Union des auto-entrepreneurs)

Ils sont conducteurs pour Uber, livreurs pour Instacart ou encore instructeurs de conduite chez Ornikar… Le travail en free-lance ne cesse de gagner du terrain et de s’étendre à un nombre croissant de métiers.

Demain, médecins, publicitaires et banquiers rejoindront pour certains les rangs de ces néo-indépendants désireux de prendre leur destin en main. Car, inutile de se voiler la face, on le sait. Notre vieux modèle social basé sur le salariat, et porté par le sacro-saint CDI, a vécu.

L’entreprise à l’ancienne, telle qu’on la connaît, n’aura bientôt plus le monopole et cohabitera avec de multiples formes d’activités, dont le travail indépendant ou collaboratif, qui permet une mise en relation directe de l’indépendant avec ses clients grâce à des plates-formes numériques.

Nous en sommes non seulement convaincus mais aussi témoins. Le rapport à l’activité est bel et bien en train de basculer vers de nouveaux modèles. Le salariat omnipotent a vécu. Il ne fait plus rêver les Français, et encore moins les jeunes qui préfèrent à 35 % créer leur entreprise plutôt que de se retrouver engoncés dans une entreprise du CAC 40.

Plus de 2,8 millions d’indépendants

Huit ans de crise économique leur ont montré que la sécurité du contrat ne garantissait pas la sécurité de l’activité. En parallèle, le régime de l’autoentrepreneur – et son million d’adhérents – corrélé à l’ubérisation de nos modèles économiques, ont débridé les initiatives. Aujourd’hui, les travailleurs indépendants sont plus de 2,8 millions. Et si l’on étudie ce qui se passe chez nos voisins, ils seront probablement le double dans les prochaines années. Aux Etats-Unis, les « self-employed » dépasseront le nombre de salariés d’ici 5 ans.

Nos dirigeants commencent tout juste à prendre la mesure de cette lame de fond. Il serait temps, au risque de passer à côté du premier gisement d’emplois en France. En termes de croissance, nous restons la lanterne rouge de l’Europe avec une courbe du chômage qui ne s’inverse pas. Il y a urgence : nous devons repenser et accompagner les bases du « travailler ensemble ». C’est à ce prix, et à ce prix seulement, que le chômage, pourra être vaincu.

L’avènement de l’économie collaborative nous montre que la nouvelle économie a besoin de contributeurs indépendants aux côtés des entreprises. Les uns ne pourront bientôt plus se passer des autres pour se développer, et générer de la croissance.

Il est temps de permettre, par exemple, aux autoentrepreneurs et aux entreprises de travailler ensemble sans risque de requalification du contrat de travail. D’assouplir, comme l’a suggéré le gouvernement mi-janvier, le régime de l’autoentreprise, devenu une véritable usine à gaz. Et de faire tomber, une fois pour toutes, la suspicion générale qui plane sur le travail indépendant, soupçonné de se substituer au travail salarié.

Une assurance-chômage pour « perte subite d’activité »

Le mouvement est en marche. Plutôt que de l’ignorer, il faut maintenant le libérer, le désenchaîner. L’idée n’est pas de réformer le code du travail pour l’adapter au travail indépendant mais plutôt de réfléchir à un nouveau droit à l’activité. En garantissant un statut plus protecteur aux indépendants, ne verrions-nous pas leur nombre exploser ? La création d’une assurance-chômage pour « perte subite d’activité » pourrait être imaginée pour cette catégorie de travailleurs qui en est dépourvue.

Nous sommes persuadés qu’en offrant cette sécurité supplémentaire aux Français, ils seront un million de plus à lancer de nouvelles activités. Ne laissons pas passer cette chance extraordinaire. Pour permettre à notre pays de retrouver le chemin de l’emploi et de la croissance, libérons les derniers freins.

Xavier Kergall (Directeur général des Salons des entrepreneurs)

François Hurel (Président de l’Union des auto-entrepreneurs)

Un commentaire pour « Notre vieux modèle social basé sur le salariat a vécu ! »

  • perros andré  dit:

    Je partage le constat mais beaucoup moins les propositions.
    Le salariat « omnipotent » dites vous. Je ne pense pas que ce soit le sentiment partagé par les salariés.
    Votre ode à la libre entreprise ignore tous les bienfaits que chacun a pu retirer jusqu’à ce jour du système de protection sociale basé sur les salaires.
    Le problème vient aujourd’hui plutôt de la mise en place sans aucun contrôle d’un libéralisme effréné et international dont l’objectif unique est de maximiser les profits en écrasant les salaires et en échappant systématiquement à l’impôt (sur les sociétés comme sur le revenu pour les milliardaires)
    On a d’un côté des fortunes colossales et de l’autre des Etats endettés et humiliés par la Finance mondiale (le FMI le premier)
    Notre monde souffre avant tout d’un pillage de la richesse par quelques uns au détriment du plus grand nombre. On s’extasie ensuite de leur générosité quand ils donnent une partie de leur richesse à un fond (qui reste leur propriété malgré tout).
    Personnellement je pense que cet argent serait mieux utilisé par les Etats à qui il a été subtilisé en ne payant pas d’impôts.
    Supprimons les fraudes fiscales massives et les paradis fiscaux et il n’y a plus de CRISE .
    Comment s’étonner de l’échec des Etats à rétablir le plein emploi quand ce sont les multinationales qui imposent leurs règles aux Etats .
    C’est encore ce qui est en train de se préparer avec les traités du commerce international qui se négocient très discrètement loin de tout processus démocratique.
    Nous avons l’illusion de vivre encore en démocratie mais en fait nous n’en avons plus que l’enveloppe.le contenu en disparaît peu à peu car nous n’avons plus prise sur les décisions stratégiques .
    Alors derrière votre appel à la libéralisation générale du marché du travail je vois plutôt un risque majeur de paupérisation croissante .

    En effet la plupart de ces activités ne sont que des petits boulots qui émergent parce qu’il n’y a plus de VRAI travail.
    Quelle sera la protection sociale de ces personnes sans parler de leur retraite?
    Le modèle que vous vantez fera encore une fois le profit des mêmes puissants et condamnera les petits au travail perpétuel et sans garantie d’avenir.
    Au passage un tel modèle mettrait fin à toute notion de solidarité et remettrait l’individualisme au rang de nos valeurs premières .
    L’autre serait forcément un concurrent et pas un collègue .
    Quelle belle société cela nous prépare!
    malheureusement je crains que c’est ce qui arrivera s’il n’y a pas une prise de conscience des citoyens.
    C’est à travers les initiatives qui mettent en avant d’autres formes de coopération entre les gens que nous arriverons peut être à garder nos valeurs de solidarité et de fraternité contre les diktats des financiers.

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