Une grande alliance bretonne, mais sur quelle base ?

Se dirige-t-on vers une grande alliance bretonne en vue des élections régionales de cette fin d’année ? Déjà envisagée par certains avant les départementales, le sujet revient en force en vue du prochain scrutin. L’une des raisons en est le résultat obtenu par les différents partis lors des dernières élections. Présentes dans un nombre relativement limité de cantons, une grosse cinquantaine, les formations politiques bretonnes n’ont, à quelques exceptions près, pas obtenu de scores fantastiques. Même si elles progressent, toutes auraient pu envisager de meilleurs résultats, compte tenu du contexte.

Il y a tout d’abord une évidence aux yeux de beaucoup. Cette alliance des forces bretonnes serait déjà actée s’il n’y avait pas un problème de personne. Elle est d’ailleurs en grande partie faite, puisque la liste Nous Te Ferons Bretagne (NTFB) de Christian Troadec regroupe déjà sa propre formation politique mais également Breizh Europa (BE) et, au moins en partie, le Parti Breton (PB). Reste donc à convaincre l’Union Démocratique Bretonne (UDB) de s’y ajouter afin de voir apparaître une grande alliance bretonne de la gauche au centre-droit. (suite…)

Bretagne des villes contre Bretagne des champs

Au-delà des couleurs politiques, s’il y avait un enseignement à tirer de ces élections départementales, c’est avant tout le décalage territorial qu’elles mettent en lumière. Car il est symptomatique de remarquer que la carte des cantons offre, en partie, une lecture assez inédite du visage de la Bretagne. Une opposition entre la Bretagne des villes et la Bretagne des champs, qui n’a sans doute jamais été aussi marquée qu’aujourd’hui.

Certes, quelques nuances méritent d’être apportées. La large zone de Tréguier à Carhaix, remontant jusque Morlaix est restée à gauche. L’ex « campagne rouge » n’a pas dérogé à sa tradition en gardant sa préférence pour une gauche qui y était d’ailleurs, bien souvent, plus unie qu’ailleurs. Mais même dans cette zone, on a vu apparaître pour la première fois des triangulaires avec le FN, en particulier à Callac, une situation nouvelle qui pourrait être appelée à se répéter à l’avenir.

Sur le reste du territoire, il est curieux de remarquer que les bons scores de la gauche, et en particulier du Parti Socialiste, se concentrent dans les principales villes de la région, quand les campagnes bretonnes, à quelques nuances près donc, ont largement voté en faveur de l’union de la droite. Et dans une moindre mesure, mais loin d’être négligeable, du Front National, qui y a fait une percée remarquée et confirmée depuis les scrutins de 2014, en particulier les régionales. (suite…)

Les départementales, caisse de résonance dont se privent les partis bretons

Alors que les partis nationaux ont réussi, parfois au prix d’alliances, à être présents dans la quasi-totalité des cantons des cinq départements, force est de constater que les grands absents de ces élections départementales sont les partis bretons. Un paradoxe quand, dans certains cercles d’électeurs, le mot d’ordre en faveur du vote breton semble être de plus en plus présent.

Pourtant, que ce soit l’UDB ou l’alliance qui s’est construite autour de Christian Troadec lors la dernière élection européenne, les candidats ne sont pas nombreux. Sur les réseaux sociaux, une carte montrant les cantons concernés a circulé et mettait en avant qu’au final moins d’un quart des électeurs bretons auront dans leur choix une liste locale. Cette carte soulignait également une volonté, avérée ou non, de ne pas entrer en concurrence directe sur les cantons où l’une ou l’autre des listes étaient présentes.

Autre information, les cantons concernés sont principalement situés en Basse Bretagne, et plus encore dans un triangle situé entre Saint Brieuc, Lorient et Carhaix, majoritairement. Il est bien évident qu’il s’agit des zones où ces partis sont susceptibles de recevoir un accueil plus favorable, il y a donc eu l’idée, plutôt que de semer sur tout le territoire, de réussir à tenter des «coups», en étant présents sur les zones où il était sans doute possible de faire un score honorable.

Plusieurs raisons peuvent expliquer cette relative absence sur le scrutin départemental. La première tient d’ailleurs dans l’importance que ces formations accordent aux départements. Que ce soit à l’UDB ou chez «Bretagne nous te ferons», l’idée est que cet échelon administratif doit disparaître. Tous sont favorables au renforcement de la région et à la collectivité unique que serait l’Assemblée de Bretagne. Et tous militent en ce sens. Dès lors, participer aux élections départementales n’aurait pas réellement de sens, sans compter que cela mobiliserait des moyens financiers, alors que l’élection régionale aura lieu, elle, quelques mois plus tard. (suite…)

L’Agence Culturelle Bretonne de Loire-Atlantique : comment faire vivre la démocratie ?

Depuis plusieurs années, l’ACB  44 dont le siège est à Nantes se distingue par un réel dynamisme et une prolifération d’actions et d’événements partagés par les habitants de la Loire-Atlantique (cf leur site http://www.acb44.com/). En amont des élections départementales, elle demande aux candidats de Loire-Atlantique leur avis sur les enjeux bretons. Comme souvent en Bretagne, la démarche pourtant vertueuse et qui a nécessité un lourd travail est peu diffusée. Comment faire pour faire vivre la démocratie ?

Sur le fond, la démarche actuelle de l’Agence Culturelle bretonne est très intéressante. Elle adresse tout d’abord  aux actuels candidats du 44 un « Livre Blanc de la culture bretonne en Loire-Atlantique ». Preuves à l’appui, le document  souligne la vitalité de la culture bretonne dans le 44 (http://www.acb44.com/images/Livre_Blanc_44_departementales_2015.pdf ). Il rappelle une appartenance réaffirmée par le monde associatif, économique, culturel mais aussi sous différentes formes par … l’Etat. Ce dernier est signataire de la Charte Culturelle de Bretagne, l’Education Nationale (même si c’est pour le moins timide)  reconnaît l’enseignement du breton sur les cinq départements,  le Ministère de la Justice fonctionne sur toute la Bretagne, etc.

Le Livre Blanc énonce ensuite cinq impératifs au profit de Loire-Atlantique : la « visibilité », la « vitalité culturelle », la « valorisation du patrimoine », la « dynamisation des langues »  et la nécessité de resserrer « l’action politique » entre le 44 et l’actuelle région administrée. En effet, comme le rappelle l’association,  « la coupure administrative avec la Bretagne ne doit pas remettre en cause notre droit au respect de notre histoire et de notre culture ». Elle doit au contraire avancer par des initiatives concrètes qui correspondent aux aspirations de l’essentiel de la population. (suite…)