Régions. Plaidoyer pour une autre carte

Régions. Plaidoyer pour une autre carte

Article de Jacques Lescoat dans Le Télégramme du 21 janvier 2017

article Jacques LescoatDocteur en géographie et créateur de l’association Géographes de Bretagne, Jacques Lescoat n’a jamais admis la réforme de la carte régionale. Auteur d’un opuscule, intitulé «Une identité régionale pour la France», il y défend une France à 16 régions, contre les 13 de la réforme entrée en vigueur il y a un an.

Que contestez-vous dans la réforme qui a été faite ?
Je condamne cette France des blocs. C’est quelque chose qui casse l’identité régionale de la France. L’État ne voulait pas de régions avec une forte identité.

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En Loire-Atlantique (Bzh), des drapeaux pour les « vieux pays de nos pères » !

Chaque été, en Loire-Atlantique (Bzh), les Gwenn ha Du, aux célèbres graphismes blancs et noirs, symboles internationaux de la Bretagne, flottent, en très grand nombre, au léger souffle caressant qui ventile l’ample drap d’or et d’azur qui se pose, en ces instants de vacances, sur notre belle Bretagne-sud, Grand sud, pour certains, Plein sud, pour d’autres… mais Bretagne !
Oh certes, ces emblématiques étoffes sont moins nombreuses au faîte des mâts, hors saison, car l’opportunisme cyclique et saisonnier des « Marchands du Temple » se fait toujours, en cette période estivale « folklorique pour touristes », très aigu et assez distant de l’idée de traduire, tout simplement, avec évidence et en constance temporelle, l’enracinement, pourtant factuel de notre région arrachée, lors des plus mauvais moments de notre histoire, aux contours, encore actuels, de la Bretagne administrative…

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La Bretagne : les réalités contre l’appareil

La Bretagne : les réalités contre l’appareil

gwenn ha duUne frontière de plus en plus vive s’instaure entre une Bretagne vécue, ressentie et la réalité institutionnelle. La population considère ici la pluralité urbaine et rurale comme une chance et Paris finance des métropoles. 71 % des habitants de la Loire-Atlantique se disent bretons et l’on conforte la région des « Pays de la Loire ». La quasi-totalité des scientifiques étudie sans plus d’interrogation la Bretagne telle qu’elle est, sur ses cinq départements et pour de simples cohérences analytiques (les historiens, les naturalistes, les sociologues, les géographes, les anthropologues etc.). Mais on impose à marche forcée une fusion administrative « Bretagne-Pays de la Loire » que personne ne réclame. On pourrait poursuivre la litanie des incohérences. On a tenté un temps d’effacer la Bretagne juridique, heureusement sans succès. Le droit n’en avait plus. Le droit était sans droit. 30 000 personnes dans la rue à Nantes et l’on fait comme si rien ne se passe. On vient d’abandonner les projets touristiques de valorisation des marches de Bretagne qui courent depuis des siècles de Fougères à Machecoul.

Oui mais l’histoire n’existe pas. C’est connu, les universitaires bretons sont incompétents. Ils consacrent leurs vies à un territoire sans intérêt. Le droit a tort. La science a tort. Le peuple a tort. La géographie a tort. L’histoire a tort. L’Etat français devient le nettoyeur des identités. Un effaceur de mémoire. La fusion des universités et du « savoir » est un exemple emblématique et l’on avance sur une technocratie toujours plus loin des hommes. (suite…)

« Réunification de la Bretagne ? » Un nouvel ouvrage essentiel sur l’avenir breton

Ils sont têtus dit-on. Plutôt déterminés. Le têtu bute contre un mur alors que celui qui gagne le contourne. Après le refus par l’Etat de reconnaître la Bretagne, on ne pensait pas qu’un ouvrage évoquerait aussi rapidement une capacité de rebond. Or, dirigé par Yves Lebahy et Gaël Briand, ce livre « Réunification de la Bretagne  » de l’Association des Géographes de Bretagne est un livre dans tous les sens du terme incontournable et carré (15 sur 15 cm).

Il évoque avec de multiples arguments le bénéfice pluriel pour l’ouest de la France d’avoir trois régions claires (Bretagne, Normandie, Val de Loire), le caractère indispensable d’une Loire-Atlantique pour la Bretagne et d’une Bretagne pour la Loire-Atlantique. D’ores et déjà, l’ouvrage rappelle que cette unité existe (le droit, la géographie, l’histoire, le sentiment d’appartenance etc.). Dans ce pays centralisé, sa reconnaissance permettrait surtout de renforcer les projets et de contrer un pouvoir parisien omniprésent … qui explique en boucle une non-reconnaissance et un déni de démocratie. L’ouvrage passionnant est remarquablement illustré de nombreuses cartes représentant la pertinence d’une Bretagne forte à l’échelle infrarégionale, régionale, nationale et européenne. A noter aussi quelques dessins parfois très drôles de l’illustrateur Nono. Décliné en quatre parties, l’ouvrage campe remarquablement les enjeux d’une Bretagne fonctionnant cinq sur cinq, pour son profit et celui des régions voisines. Le texte est lisible, clair, avec des chapitres bien organisés et évitant les redites. A noter en fin d’ouvrage deux articles d’Yves Lebahy qui posent des enjeux de fonds sur l’aménagement du territoire breton et le déséquilibre renforcé entre l’est et l’ouest. Il interroge surtout une vision métropolitaine « à marche forcée » qui remet en cause le polycentrisme breton et son équilibre urbain. Une réflexion stratégique de plus et des arguments scientifiques peu contestables de la part de spécialistes de l’aménagement du territoire. Comme le souligne l’ouvrage (p.9), « la Bretagne a toujours eu besoin de géographes » (M. Phlipponneau pour le C.E.L.I.B etc.). Il est plus largement à souligner que l’ensemble de la communauté universitaire, parfois pour de simples raisons de compréhension, travaille naturellement sur la Bretagne et non sur une Bretagne administrée à quatre départements. Cet Etat est de plus en plus loin des réalités sur lesquelles travaillent les universitaires, qu’ils soient historiens, anthropologues, sociologues, géophysiciens, naturalistes, politologues, juristes…  Mais l’Etat semble juger ici aussi que le pouvoir universitaire est sans compétence et que l’ensemble de la communauté scientifique se trompe. On aimerait bien parfois pouvoir comparer le niveau réel des uns et des autres. En tout cas, un ouvrage à lire absolument.

Le Comité de Rédaction de construirelabretagne.org

« Réunifier la Bretagne ? Région contre métropoles ? », Collectif Géographes de Bretagne, sous la direction d’Yves Lebahy et de Gaël Briand, Skol Vreizh, 2015, 160 p, 13 Euros, ISBN 978—36758-042-5

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