Ouest-France – Entretien avec Olivier Clanchin, président de l’Association bretonne des entreprises agroalimentaires.

Olivier Clanchin

Olivier Clanchin

Le contexte économique est meilleur en 2015. Ce poids lourd de l’emploi breton s’attelle désormais à deux enjeux majeurs pour réussir sa mutation : le coût du transport et celui de l’énergie.

La reprise arrive ?

Après la casse des deux années passées, on sent une reprise des investissements depuis 6 mois. Dans ce contexte pénible, l’agroalimentaire breton a maintenu ses emplois l’an dernier. Avec ce frémissement de 2015, on peut donc espérer une reprise de l’investissement et donc des emplois. Grâce au cours plus favorable de l’euro, grâce à la baisse du coût de l’énergie, grâce à une légère baisse du prix des matières premières après deux ans de très forte inflation, le contexte nous est désormais plus favorable à l’international. En revanche, le marché national est, lui, mature, il plafonne en quantité. Les attentes du consommateur sont différentes : plus de qualité, plus de local, plus d’innovation.

Et la crise du porc ?

Cette guerre des prix, il est grand temps de l’arrêter, tout le monde en a conscience. Les acteurs de la grande distribution sont le plus souvent déjà membres de la filière, ils sont donc parfaitement en mesure de trouver les moyens de réguler les prix du marché : quelques centimes d’euro sont bien à leur portée…

Les défis à venir ?

La logistique. Et la performance énergétique. Des coûts et des enjeux vitaux, ce sont nos deux priorités : l’agroalimentaire représente 60 % de la consommation énergétique bretonne ! Nous allons pousser des projets collaboratifs, en partageant le bilan carbone de nos entreprises, en mutualisant les bonnes expériences. Voire, pourquoi pas, en mutualisant les camions entre plusieurs entreprises : est-ce bien raisonnable de faire partir un camion à moitié plein ?… Après avoir bien pointé les flux, on doit être en mesure de revoir toute notre chaîne logistique.

La qualité ?

Notre taux de satisfaction des clients est aujourd’hui de 95 % à 98 % (taux de service). Un tel service a un coût : beaucoup trop onéreux pour l’entreprise, trop de tensions, économiques, sociales et environnementales. L’agroalimentaire breton a poussé très loin sa logique de qualité, sans doute beaucoup trop. Il est temps de redonner un peu d’oxygène et de souplesse à nos entreprises, en jouant la qualité juste, celle qu’attend le client, mais pas plus.

Christophe VIOLETTE, Ouest-France

L’ABEA, Association bretonne des entreprises agroalimentaires, regroupe une centaine d’entreprises, 200 sites de production, dans toutes les filières. Avec environ 50 000 salariés, elle représente un chiffre d’affaires de 15 milliards d’euros. Ses changements de statuts, adoptés hier à l’assemblée générale de Quimper, lui donnent désormais une double compétence économique et sociale.