Article publié dans Le Journal des Entreprises

Effet de mode ou véritables outils de financement d’avenir pour les entreprises, les plateformes de crowdfunding fleurissent sur le territoire breton. Kengo, GwenneG, Kiosk to Invest… Quelles différences entre elles ? Comment s’y repérer dans cette nouvelle offre ?

C’est de saison, les plateformes de crowdfunding fleurissent aussi en Bretagne. Chacun s’y met, le Finistère en tête ! La pointe bretonne a vu pousser Base Jaune en 2014 (11 projets présentés, 80 % de réussite) et, avant elle, Octopousse, revendu depuis à l’acteur national Ulule. Les institutionnels ne sont pas en reste. La CCI de Rennes vient de se lancer en s’appuyant sur un autre acteur national, « Kiosk to Invest », opéré par Alternativa (agréée par l’AMF) et soutenu par le réseau consulaire et déjà adopté par la CCI de Caen voisine. Brest devrait leur emboîter le pas. Objectif : aider les entrepreneurs à lever des fonds. Parmi les trois leviers du crowdfunding (don, prêt, capital), la CCI de Rennes a choisi le troisième : « Les entreprises ont des difficultés à lever des fonds pour augmenter leur capital, nous nous devons de les accompagner. Le métier de dirigeant n’est pas forcément de lever des fonds, mais c’est un véritable enjeu », souligne Emmanuel Thaunier, président rennais, qui pointe la faiblesse française des fonds propres et de ses entreprises sous-capitalisées.

Jusqu’à 5 M€ en 90 j chrono !

Les entrepreneurs de tous horizons peuvent solliciter ces plateformes d’appel public à l’épargne, pour partager leur projet avec relais assuré en ligne. Mais ils devront d’abord passer des filtres et sélections. Celui des conseillers CCI, apportant un gage de confiance pour « Kiosk to Invest », puis par des comités de sélection. Ce parcours devrait prendre deux à trois mois, pour un ticket espéré de 100.000 € à 5 millions, toujours par entrée minoritaire au capital. Seul bémol donc : « Il faut accepter d’ouvrir son capital », note Emmanuel Thaunier qui n’y voit aucun inconvénient mais sait qu’il devra convaincre et faire preuve de pédagogie. « Ce n’est pas dans la mentalité française… » De leur côté, les souscripteurs de « Kiosk To Invest » doivent débourser au minimum 1.000 €. Ensuite, l’offre rencontre (ou non) la demande en 90 jours chrono, via internet. Emmanuel Thaunier brandit un taux de réussite de 54 %.

Bretagne. Crowdfunding : quelle plateforme choisir ?

Bretagne. Crowdfunding : quelle plateforme choisir ?

Complémentarités

Ce mode de financement soutenu par le réseau consulaire se veut évidemment complémentaire à d’autres. La CCI de Rennes crée son pôle d’ingénierie financière en conséquence, pour lequel elle recrute d’ailleurs son directeur. En Bretagne, les autres CCI réfléchissent aussi comment appréhender le crowdfunding. Le Morbihan s’orienterait vers une plateforme de don et de prêt. La CCI de Brest devrait quant à elle emboîter le pas à Rennes vers le financement en capital… Dans le Finistère toujours, se profile Kengo.bzh (« Allons-y ensemble » en breton). C’est le nom de la plateforme de financement participatif sur la base du don, avec ou sans contrepartie, lancée le 11 juin par le groupe de presse Télégramme (950 salariés, 140 M€ de CA) et le Crédit Mutuel Arkéa (9.000 salariés, 1,7 milliards d’euros de PNBA). Pour sa première année de fonctionnement, Kengo.bzh prévoit le financement de 300 projets ! « Kengo.bzh a pour vocation de promouvoir et faire émerger des projets qui font du sens pour les Bretons et la Bretagne grâce à la mobilisation de tous, explique Serge Appriou, directeur de Kengo. Tisser des partenariats entre différents acteurs d’un écosystème et investir de nouveaux espaces de coopération : c’est ce que permet la finance participative et ce qu’entendent développer les équipes de Kengo. »

La force du territoire

Autre nouvelle plateforme à l’ancrage territorial fort : GwenneG (« petit sou » en breton) est lancée également ce mois-ci avec le soutien de Groupama Loire-Bretagne qui l’héberge à son siège rennais et fait du mécénat de compétence. Objectif à 5 ans : 500 projets financés pour 15 M€ ! Sa spécificité – l’une des rares en France – est de jouer sur les trois tableaux : don, prêt et capital (accréditation AMF en cours), avec effet levier auprès du réseau bancaire, complémentaire. Une volonté forte de son fondateur Karim Essemiani : « Cela permet de financer des entreprises de A à Z, tout au long de leur cycle de vie. » Ce « néo-Breton » marié à une Finistérienne et ancien expert de BCI, a lui aussi un leitmotiv : « J’ai réalisé avec effroi toute la difficulté des entreprises bretonnes à se financer, notamment en amorçage et pré-développement commercial. GwenneG souhaite donc créer et pérenniser des activités locales, pour nos enfants. » Son périmètre ? La Bretagne à cinq départements, dans laquelle il organisera un Breizh Tour pour faire connaître les projets en lice. Pour son partenaire Groupama, soutenir cette initiative sonnait comme une évidence, en prolongation de son action de réseau historique : « Soutenir l’économie locale, c’est notre ADN », confie Christian Cochennec, DG qui mesure aussi l’impact positif en interne et y voit l’avantage de rapprocher du monde de l’entreprise ses sociétaires et le public en général.

Géry Bertrande

JDE | Édition Ille-et-Vilaine 35 | 1 juillet 2015