Article paru dans « La Tribune » du 7 octobre 2014

Manifestation-reunification-nantes-bretagnePour les militants d’une Bretagne à cinq, le modèle centralisateur et urbain français ne se retrouve pas en Bretagne. Une Bretagne réunifiée fonctionnerait autour des compétences des trois métropoles Rennes-Nantes-Brest.

Entre les tenants d’un grand Ouest collaboratif, et les partisans du retour à une Bretagne historique, non diluée dans un ensemble sans identité, le Gwenn-ha-du (drapeau breton noir et blanc) s’enflamme.
A quelques semaines de la reprise du débat sur la réforme territoriale engagée par le gouvernement, le projet élaboré autour de 13 régions, et qui maintient la Loire-Atlantique dans les Pays de la Loire, continue de faire polémique.

Deux tiers des Ligériens et des Bretons favorables à la fusion

Samedi 27 septembre, près de 20.000 personnes ont manifesté à Nantes en faveur de la réunification et du rattachement de la Loire-Atlantique (44) à la Bretagne. Très mobilisée avant son entrée prochaine dans une phase de lobbying, l’association militante organisatrice de la manifestation, Bretagne Réunie, fonde ses actions sur différents sondages montrant que 2/3 des Ligériens et des Bretons sont favorables à la fusion. Ce samedi-là, dans les rangs des manifestants, des slogans se faisaient entendre, dont celui, en porte-à-faux, de « Nantes, capitale de la Bretagne ».

Dans le modèle centralisé français, la question de capitale, si réunification il y avait, se poserait sans doute en ces termes. Sur le papier, Nantes possède un avantage économique : c’est la première métropole du Grand Ouest, forte de 600.000 habitants. En face, Rennes atteint 416.000 habitants. Fiers de l’attractivité de leur région, de son dynamisme économique et de son identité culturelle, les Bretons abandonneraient-ils à Nantes le seul statut de capitale régionale ? Pas sûr et ça ferait du bruit dans le Landerneau !

Inventer un modèle girondin de « république des territoires »

Au-delà des manifestations, le mouvement pour une Bretagne à cinq, soutenu par la Région Bretagne, avance donc un autre modèle de décentralisation. Rassemblant les milieux culturels bretons et nantais, des élus tels le député ELV François de Rugy ou Christian Troadec, le maire bonnet rouge de Carhaix (29), et des réseaux d’entrepreneurs (Produit en Bretagne, CCI de Rennes), il aspire à inventer un modèle girondin de « république des territoires ». Au Moyen-Age déjà, le Duché de Bretagne fonctionnait avec deux capitales : Rennes pour la politique, Nantes pour les activités économiques liées à son port.

« L’armature urbaine bretonne est organisée différemment de la structure nationale, et se caractérise par la complémentarité des villes, assure Jean-Michel Le Boulanger, vice-président à la culture du Conseil régional de Bretagne. Aux trois cités qui vont disposer du statut de métropole (Rennes, Brest, Nantes), se greffent un tissu de villes moyennes (Vannes, Lorient, Quimper, Roscoff) dotées d’un secteur tertiaire fort, d’universités, de pôles de compétitivité. La notion de capitale en Bretagne est secondaire. »

Considérant une Bretagne à cinq comme un espace « plus cohérent pour la structuration des politiques publiques », cette vision accorde à chacune des villes un rôle défini (administration, économie, recherche, culture, maritime…). L’identité bretonne, le sentiment d’appartenance sont brandis comme un efficace « levier de développement », mais pas comme un repli sur soi. Une Bretagne réunifiée aurait la taille idéale, le juste PNB et la population adéquate (4,5 millions d’habitants) pour entrer dans la course des régions européennes.

Pour l’heure, les anti-réunification ont obtenu gain de cause

Ce projet n’a pas fait l’unanimité : ni chez les politiques, ni chez certains chefs d’entreprises férus de Grand Ouest. Pour l’heure, les anti-réunification ont obtenu gain de cause.
Un transfert de la Loire-Atlantique en Bretagne aurait privé Nantes de son statut enviable de grande capitale régionale, voire amputerait la Région Pays de la Loire d’une partie de sa dynamique économique. Inenvisageable ! selon Jacques Auxiette, président PS du Conseil régional.

Quant à l’idée, soutenue par Jean-Marc Ayrault, ancien Premier ministre et député-maire de Nantes, d’une super région Bretagne/ Pays de Loire autour d’un axe Rennes-Nantes, elle a fait long feu. Cette solution, qui s’appuyait sur la coopération existante des deux régions (économie, transports, médecine, universités), avait rallié les suffrages des maires PS de Brest, Nantes, Rennes et Saint-Nazaire.

Rejetant en bloc l’axiome de Nathalie Appéré, maire de Rennes, selon lequel : « Ce qui est bon pour Rennes est bon pour la Bretagne », les pros réunification ne s’inclineront que devant un référendum. En bon militant, l’écrivain Yann Queffelec prédit d’ailleurs du « rififi dans le kouign-amann ».

Pascale Paoli-Lebailly