Article de Stanislas du Guerny paru sur www.lesechos.fr

Yves Fantou, le dirigeant de cet atelier de découpe de viande, communique régulièrement avec tous ses salariés.

Chaque vendredi matin à l’heure de la pause c’est le même rituel. Les 30 salariés de l’entreprise de découpe de viande sont invités par le dirigeant, Yves Fantou, dans la cafétéria pour les informer des marchés de la firme, de ses projets, des arrivants et des départs, des problèmes éventuels. Les cafés sont servis à volonté, les pâtisseries également comme les galettes-saucisses encore toutes chaudes. Le temps de l’intervention n’est pas pris sur celui de la pause, prolongée en fonction de la durée de ce moment d’information. Ce vendredi de juillet à 10 heures, dans l’usine Fantou située à Dol-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine), il était question d’un client de la région parisienne que Fantou risquait de perdre car il venait de vendre son magasin. Il a aussi été évoqué le lancement d’une nouvelle gamme de merguez, ainsi que le voyage de quelques jours d’Yves Fantou au Burkina Faso, où il a accompagné un ancien stagiaire pour l’aider dans son projet de création d’une unité de découpe de viande dans ce pays. Le bilan de ce déplacement s’est fait en images commentées et diffusées à l’ensemble du personnel. Puis ce fut l’annonce du départ d’une collaboratrice pour un congé maternité et la solution trouvée pour la remplacer.

Ambiance familiale

Chacun pouvait s’exprimer librement. « Cet échange nous permet de suivre la vie de l’entreprise. Quand une difficulté se pose, Yves Fantou met le problème sur la table, on peut en discuter », indique Mickaël Cochard, désosseur-piéceur depuis près de deux décennies. « Mon souci est de faire exister chacun des collaborateurs pour qu’ils ne viennent pas travailler avec des pieds de plomb », indique Yves Fantou, dont l’entreprise familiale a été créée par son arrière-grand-père en 1906. « Je tiens à cette ambiance. Elle me vient de mes parents. Quand j’étais enfant, on était de 15 à 20 à table à chaque déjeuner, car une partie du personnel restait sur place. Il partageait nos conversations. » Le dirigeant a structuré cette transparence dans la gestion au quotidien en 2003, à la suite d’un audit effectué par la Caisse régionale d’assurance-maladie. Il a été évoqué le besoin de créer « un esprit d’équipe ». Il se traduit dès le matin à l’embauche. Quatre salariés ont été formés pour animer les 4 minutes d’échauffement de l’ensemble du personnel avant sa prise de poste. Les gestes ne sont pas du tout effectués au hasard, mais appris auprès d’un kinésithérapeute, qui vient une à deux fois par an chez Fantou, où il rencontre le personnel pour bien connaître ses difficultés. La morphologie et les problèmes de chacun sont analysés. Egalement le matin avant le démarrage de l’activité, le responsable de production présente celle du jour, les volumes à produire, les destinations finales des découpes de porcs, bœufs, agneaux vendus principalement dans les moyennes surfaces alimentaires du Grand Ouest de la France qui ne disposent pas de boucherie traditionnelle. Les cadences de découpe, piéçage, mises en barquettes, sont soutenues, mais il n’y a pas d’objectifs individuels. « On travaille en fonction de nos capacités, le primordial est la qualité », insiste Mickaël Cochard. Un maximum de polyvalence est recherché pour que les postes puissent être interchangeables et éviter la monotonie des tâches. Le dirigeant de l’entreprise de 5 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, constate que le turnover est quasiment nul et les maladies professionnelles plutôt rares. « L’équipe est soudée et bien rodée, ce qui me permet de proposer à nos clients une gamme très large de produits frais puisque nous travaillons sans aucun stock. »