Interview de Florent Detroy sur Atlantico.fr

vagueDes courants, des marées, du vent… La Bretagne regorge d’atouts pour développer les énergies marines renouvelables. La région pourrait-elle devenir un leader dans ce domaine ? Si elle n’en est encore qu’à l’expérimentation, la Bretagne fait la course en tête concernant l’énergie hydrolienne. Interview de Florent Detroy,  journaliste économique, spécialisé notamment sur les questions énergétiques, environnementales et industrielles.

Atlantico : La Bretagne a un fort potentiel dans les énergies marines renouvelables. Les entreprises et collectivités bretonnes ont-elles commencé à investir dans ce domaine ?
Florent Detroy : Les différentes énergies marines sont à des niveaux de maturité très différents. L’éolien offshore connait une activité commerciale forte au Danemark, en Allemagne et en Angleterre , alors que la France est très en retard dans ce domaine. En revanche, la France est bien en place sur l’hydrolien, Bretagne en tête. Mais il n’y a pas encore de projet commercial concernant les énergies marines. Nous en sommes encore au stade de l’expérimentation.

Exemples : l’hydrolienne Sabella, installée en septembre au large de l’Ile d’ Ouessant, ou l’hydrolienne conçue par la DCNS pour EDF, qui vient d‘être immergée au large de Paimpol- Bréhat.  En phase de test, l’hydrolienne devrait être raccordée au réseau électrique ce mois-ci.

Quel est potentiel de la Bretagne pour ces nouvelles technologies ?
Concernant l’hydrolien, la Bretagne a un énorme potentiel en terme de courants : des passages très resserrés où s’engouffrent des courants extrêmement forts. Avec l’Ecosse et le Portugal, la Bretagne fait partie des quelques lieux vraiment intéressants pour la production d’hydroélectricité. Si l’essentiel des appels d’offres concernant l’éolien off-shore ont été réalisés en Normandie, et l’essentiel de l’éolien flottant en Méditerranée, la Bretagne aura probablement un rôle à jouer dans une des énergies marines dans les années à venir. Le houlomoteur et l’énergie marémotrice sont, pour leur part, encore en phase d’expérimentation. Notamment, car aucune technologie n’est imposée.

Quelle est aujourd’hui la dépendance énergétique de la Bretagne par rapport aux autres régions. A-t-elle intérêt à développer les énergies renouvelables pour la fourniture d’énergie locale ?
N’ayant pas d’énergie nucléaire, grâce aux résistances acharnées de la population, la Bretagne a un profil énergétique particulier. Mais je ne pense pas que les énergies marines renouvelables soient un pari pour fournir la Bretagne en énergie. Elles seront sans doute importantes dans plusieurs années, mais pas tout de suite. Dabord, car les énergies marines renouvelables et les éoliennes off-shore n’arriveront pas avant 2020. Ensuite, parce que la priorité des gros groupes mondiaux travaillant sur ces technologies, comme Alstom et EDF, c’est l’exportation. Pour l‘instant, il n’y a pas eu d’appel d’offres sur l’hydrolien, comme il y a pu en avoir pour l’éolien offshore ou flottant.
Plusieurs projets ont été retardés pour des problèmes de raccordement électrique et par le possible impact environnemental des installations. Les obstacles financiers, techniques et environnementaux sont-ils importants ?
La question des raccordements est assez sensible. Pour les éoliennes off-shore, la DCNS investit dans de nouveaux câbles, qui permettent de gérer la tension à pleine puissance pour raccorder les appareils au continent. Au large du Croisic, un site raccordé au réseau est réservé à l’expérimentation des EMR. C’est l’une des grosses questions à développer. Car, à la limite, les machines ne sont pas vraiment le problème. Autant les éoliennes sont complexes, autant les hydroliennes sont des technologies assez basiques.

Si la Bretagne parvient à développer  les énergies marines, quelles pourraient-être les retombées économiques à terme ?

La réindustrialisation de la Bretagne pourrait passer par les énergies marines renouvelables. La DCNS réhabilite les quais de Brest, avec le soutien du Conseil régional de Bretagne. La construction de deux hydroliennes a mobilisé 250 intervenants sur le site. La construction des fermes-pilotes d’éoliennes flottantes, prévues entre l’île de Groix et Belle-Ile pour 2018, devrait mobiliser des centaines de personnes. La réindustrialisation ne serait donc pas avant 2020. A moyen terme, donc.