Bretagne Prospective, Think Thank consacré aux enjeux de développement local et régional en Bretagne, a organisé, en collaboration avec Harmonie Mutuelle, le 17 novembre 2016, une soirée sur le thème « Entreprise, territoires et santé en Bretagne ». Bretagne Prospective a un rôle de « défricheur », et porte des groupes de réflexion thématiques. Ainsi, le groupe santé s’est penché dès 2013 sur l’impact des évolutions du Big Data sur la Bretagne. Le thème de la soirée était précisément de restituer quelques- unes des contributions du groupe santé 2016 et d’ouvrir le débat sur  l’impact du Big Data sur la santé en région Bretagne.

La première partie a débuté avec l’intervention d’Arnold MAGDELAINE, Membre du Laboratoire armoricain de recherche en psychologie sociale, sur les usages des technologies au service de l’offre de soins. Il appelle à ce que le collectif prenne conscience de la nécessité de coopérer ensemble de manière optimale, afin d’animer l’offre de soins sur le territoire. La clé de la nouvelle vision de l’emploi est l’interopérabilité et la mobilisation d’acteurs pluriels et protéiformes de la santé. Il appelle à s’interroger sur de nouvelles méthodes d’informations et de fait de nouvelles zones de partenariats pour se comprendre.

Jean-Ange LALLICAN, Maître de Conférences associé à l’Université Rennes 1, est intervenu sur le sujet « Bien-être en entreprise ». Il prône la réconciliation de quatre piliers de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (social, économique, environnemental et culturel) afin de mettre en place un réel engagement des entreprises. Cette démarche doit nous permettre d’aboutir à des innovations durables et à des comportements davantage responsables. La RSE est capable de mobiliser l’intelligence collective et de créer une communauté d’engagement qui soit créative, audacieuse et responsable. Enfin, la RSE doit avant tout être partie intégrante d’un projet, et doit être une démarche nourrie par l’envie des salariés.

Sur le même thème, Jean-Pierre MÉCHIN, Vice-Président de l’Institut de Recherche pour le Développement Personnel et Professionnel, invite à donner la parole dans une démarche de partage de connaissances et de remise en cause des savoirs, dans le but de co-construire des projets. En rappelant que 2 milliards d’euros sont dépensés chaque année en France dans la gestion du stress, il prône le changement de nos pratiques : un collaborateur heureux est moins absent, plus loyal, plus efficace. Nos économies étant trop complexes pour être dirigées par le haut, il faut passer à une démarche « bottom-up ». La communication des salariés est primordiale, tout comme le développement des neurosciences dans la gestion de l’engagement, et la méditation.

Enfin, André PERROS, directeur de la Caisse d’Allocations Familiales du Finistère, a clôturé la première partie de soirée en abordant la question du territoire et des nouveaux métiers. L’irruption de la dématérialisation des services met fin à la disparité d’accès aux services en fonction de la densité de la zone géographique. Désormais la performance des services se mesure non plus en terme de maillage territorial, mais en terme d’accessibilité numérique. L’urgence est d’adapter nos métiers pour répondre à ces nouveaux enjeux, en utilisant notamment les nouveaux canaux plébiscités que sont les réseaux sociaux.

La deuxième partie se déroulait sous forme de table-ronde, avec pour thème « De l’e-santé au big data, un nouvel élan pour la Bretagne ? ». Elle rassemblait Alain GLON, entrepreneur, PDG du groupe agroalimentaire Glon et président de l’Institut de Locarn, Marc GUILLEMOT co-fondateur de MédecinDirect, une application de e-santé et Rémy BATAILLON, médecin et chercheur à l’Ecole des hautes études en santé publique. Elle avait pour objectif de montrer le besoin d’interaction entre le numérique et la santé.

Les intervenants ont montré l’émergence de la digitalisation de la santé à travers notamment des applications mobile sur la santé, des télémédecines, des dossiers partagés et des objets connectés capables de mesurer en continuent notre rythme cardiaque. Cette thématique a particulièrement intéressé l’auditoire qui, à l’heure du numérique et de la prolifération constante des nouvelles technologies, a apprécié que le domaine de la santé soit abordé sous le prisme des nouvelles technologies.

Il a été exposé que l’e-médecine se heurtait à la réticence des médecins. Rémy BATAILLON pointa le fait que seulement 15% des médecins généralistes conseillaient à leurs patients d’installer sur leur téléphone une application de santé, alors même que les citoyens consultent régulièrement des sites de santé en ligne. Ainsi, les intervenants ont montré le décalage entre la médiatisation de la digitalisation de la santé, de l’usage fait par les citoyens, et l’acceptation de cette santé numérique par les professionnels.

Cette réticence des médecins envers la digitalisation de la santé pourrait s’expliquer par la peur de l’ubérisation. Cependant, pour Marc GUILLEMOT, il n’est pas question d’ubérisation dans la santé. En effet, dans le cas des télé-conseils, les e-médecins sont de vrais médecins inscrits au Conseil de l’Ordre. Par conséquent, il n’y aura en aucun cas remplacement des professionnels de la santé. Ces télémédecines et télé-conseils répondent à des attentes et questions précises des utilisateurs. Comment faire lorsque l’on habite loin de chez le médecin ? Quand nous n’avons pas beaucoup de temps ? Que l’on vit ou étudie à l’étranger ? Que l’on souhaite un second avis ? L’e-médecine peut désormais répondre à toutes ces questions. Pour Rémy BATAILLON, il est donc indispensable que les formations de médecines évoluent pour intégrer une formation à l’e-service et à l’e-médecine.

Enfin, les intervenants s’accordent à dire que le domaine de la santé doit s’adapter à cette numérisation de la société et de l’économie. L’utilisation des big data et de la numérisation des dossiers partagés permettraient de gérer des millions de données et de donner une dimension technologique et humaine au traitement des dossiers clients. Pour Alain GLON, la Bretagne a un tissu professionnel très actif. C’est un terrain propice pour le développement des applications et des logiciels de big data. Il informe sur le besoin de collaboration entre le numérique et la santé. : « la e santé est une chance fantastique si on nous laisse la liberté d’entreprendre et est une opportunité pour remédier au manque de médecins ». En effet, la vraie question est : qui va exercer la médecine de demain ? Il est nécessaire de faire bouger les organisations.

Pour conclure cette table ronde, Louis-Jean CALLOC’H a rappelé qu’il est possible de mettre en place un Business System en Bretagne. L’utilisation de la technologie dans la santé et l’interopérabilité entre les domaines d’une même sphère peut représenter l’action nouvelle. Il est, selon lui temps de passer de la réalisation clinique de cette idée, notamment en formant les cadres de santé et médecins aux NTIC. C’est la marche à suivre pour accroître le bien-être au travail et rapprocher les professionnels de la santé des assurés.

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