Article de Jean-Laurent Bras paru dans Ouest-France 25 août 2015

Un collectif d’auteurs pluridisciplinaires jette un pavé dans la mare : la Bretagne court un réel danger de déclassement économique et social.

Au lendemain de la dernière guerre, la Bretagne a bien failli rester à l’écart des « Trente Glorieuses », cette ère de prospérité qu’a connue tout le monde occidental. Dans les années 1960, sous la houlette du fameux Célib, le Comité d’étude et de liaison des intérêts bretons, elle s’est brusquement et vigoureusement réveillée. Mécanisation de l’agriculture, big-bang de l’agroalimentaire et des télécoms, essor de l’industrie automobile et des activités de transport, révolution de la grande distribution, plan routier… ont permis au journaliste Yannick Le Bourdonnec de décrire un véritable « Miracle breton ».

Chahuté dans ses fondements par la mondialisation et la financiarisation de l’économie, le miracle est-il en train de tourner au cauchemar ? La crise agricole et de l’agroalimentaire en annonce-t-elle d’autres ? « Rien n’est perdu à ce jour, mais tout est menacé pour demain ! » écrivent les sept auteurs d’un collectif réunis dans une nouvelle association, StatBreiz. Ils viennent de publier Le nouveau défi armoricain. Un titre qui n’est pas sans rappeler Le défi américain (1967), le best-seller dans lequel Jean-Jacques Servan-Schreiber décrivait le nouvel ordre sociétal qui allait, depuis les États-Unis, déferler sur l’Europe.

« Chic, tout va mal ! »

Claude Champaud, l’universitaire et ancien vice-président (RPR) du Conseil régional et « dernier survivant du comité directeur du Célib », a codirigé la rédaction du Nouveau défi armoricain. « Les dangers qui nous guettent aujourd’hui, notamment celui du centralisme, surpassent ceux d’autrefois, affirme-t-il, et il n’a plus de filet de sécurité, l’État est exsangue et sans pouvoir. »

Ne disposant pas d’outils portuaires et aéroportuaires puissants, la Bretagne est menacée de voir s’évaporer les activités tertiaires supérieures et les centres de décision qui créent désormais la richesse. Elle court tout droit à une économie résidentielle, « qui étiole l’économie productive », constate, dans un état des lieux très documenté, l’équipe de StatBreiz, presque prête à dire, face à ce constat : « Chic, tout va mal ! »

« Il est exceptionnel qu’une génération ait le privilège de pouvoir imaginer et construire le futur des siens. Voici quelque soixante ans que la Bretagne n’avait plus connu pareille chance », se réjouit l’industriel Alain Glon, président de l’Institut de Locarn, le think tank breton qui accompagne StatBreiz.

Pour qu’un tel projet réussisse, les rédacteurs du Nouveau défi armoricain formulent des propositions, certaines en forme de revendication : reconversion de main-d’oeuvre sur des activités à plus haute valeur ajoutée, dont les technologies nouvelles ; réorientation de l’épargne régionale ; gestion « sérieuse » des fonds publics et abandon d’un « modèle centripète français à bout de souffle », au profit d’une véritable décentralisation autorisant un droit à l’expérimentation.

En pleine campagne des régionales, le « nouveau contrat sociétal » que proposent aux Bretons les auteurs du Nouveau défi armoricain ne manquera pas d’alimenter le débat…

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Le nouveau défi armoricain, par Claude Champaud ; Pierre-François Gouiffès (dirigeant d’entreprise, maître de conférences à Sciences Po dans le champ des politiques publiques) ; Yves Brun (expert-comptable) ; Jean-Pierre Coïc (avocat et chef d’entreprise) ; Jean Debois (avocat honoraire) ; Alain Glon et Guy Tartière (secteur coopératif et bancaire). Coop-Breizh. 280 p. 15 €. L’ouvrage sera présenté, vendredi 28 août, lors de l’Université d’été de Locarn.

Jean-Laurent BRAS