Extraits d’un entretien avec Gunter Pauli et Charles Van der Haegen, de la fondation Zeri (Zero émission research initiative), ainsi que Vincent Coppola, chargé du développement économique à la CCI de Quimper-Cornouaille (Finistère). Parution de l’article dans Ouest-France.

Gunter Pauli, le Steve Jobs du développement durable, et son équipe se consacrent à l’économie de la Cornouaille depuis septembre, avec la CCI de Quimper. Où en sont-ils ?

Comment travaillez-vous pour développer l’économie bleue (1) en Cornouaille ?

Charles Van der Haegen : J’incite, je suggère, je catalyse. Je démontre des possibilités. Je connecte des gens entre eux. Car c’est à la Cornouaille de prendre son sort en main.

Selon vous, vers quoi doit tendre la Cornouaille pour se développer ?

Charles Van der Haegen : La Cornouaille n’exploite pas le potentiel de la mer. Elle se développera économiquement à condition de créer des liens entre les gens de la mer et les gens de la terre. Le problème, pour l’instant, est que chacun ne regarde que son entreprise : en optimisant son créneau, on passe à côté des chances de développements beaucoup plus grands. Il faut créer des connexions entre les entreprises. Pour cela, nous allons à la rencontre des entrepreneurs. Histoire de trouver des pistes.

Vincent Coppola : On parle ici de petites comme de grandes entreprises. Il faut les mettre en relation par rapport aux opportunités qui se dessineront. Mais il y a de la méfiance parfois de la part des entrepreneurs. Il faudra donc mettre en place des projets avec une éthique qui garantira de ne pas se faire voler un projet.

Quelles réflexions pour l’avenir de l’agriculture ?

Gunter Pauli : Il faut en revenir à l’idée d’après-guerre qui veut que la Bretagne soit la terre nourricière de la France. Mais elle ne doit pas être le grenier du monde entier. Il n’est pas question de continuer à fournir des poulets à l’Arabie Saoudite en les élevant avec du soja du Brésil ! Il faut plutôt intégrer des algues locales dans la production agroalimentaire. Elles sont indispensables à notre bonne santé. La Bretagne doit s’occuper de la santé de la France.

Charles Van der Haegen : Il ne s’agit pas d’agriculture biologique, mais d’agriculture saine pour la santé. Car le bio, c’est plus cher, donc ça ne respecte pas les principes de l’économie bleue. C’est de la santé des plus pauvres qu’il faut se préoccuper d’abord car ils ne peuvent pas se la payer. L’agriculture bretonne ne doit donc pas chercher à produire des volumes extraordinaires, mais à faire de la qualité.

(1) L’économie bleue est un concept imaginé par Gunter Pauli. Il s’agit de s’inspirer de notre environnement, de ce que fait la nature, pour construire un nouveau modèle économique. L’idée ? Offrir ce qu’il y a de meilleur pour la santé et pour l’environnement. À un prix juste.