Il y a 8 ans, le vote de la loi sur le droit au logement opposable, trouvait un écho enthousiaste. Aujourd’hui un tiers des foyers qui ont bénéficié d’une décision favorable DALO sont en attente d’un logement. Mais pour éviter l’accroissement des inégalités entre quartiers riches et pauvres, la question de l’équilibre des territoires doit être posée, dans la politique de logement social.

Que de blessures nées de l’indifférence se révèlent meurtrières de l’humain. Le logement en est une illustration avec les ‘morts de la rue’ et ceux qui sont à terre psychologiquement. Aveugles sommes-nous que de ne point voir dans les ‘lieux du ban’ (étymologie de la banlieue) les cimetières des laissés-pour-compte d’une Société qui ne parvient point à prendre la mesure du drame.

L’enthousiasme autour de DALO

Il y a 8 ans, le 5 mars 2007, les représentants de la Nation votaient à l’unanimité le droit au logement opposable. Ce texte trouva un écho enthousiaste au point d’être immédiatement nommé par son sigle le DALO. Il est plus qu’un dispositif facilitant l’accès au logement, il enrichit les droits de l’homme ; chaque citoyen résidant régulièrement sur le territoire a qualité pour bénéficier d’un habitat décent.

Une avancée réelle que personne ne peut contester, outre le fait que les commissions DALO se sont révélé de judicieux observatoires pour cerner les difficultés avec la création au niveau national d’une instance de suivi. De 2008 au 31 décembre 2014, 159 474 foyers ont bénéficié d’une décision favorable du DALO, mais 59 502 d’entre eux, soit 1/3, restent dans l’attente d’un logement.

Une attente insupportable

Cette attente est insupportable alors qu’il s’agit de personnes prioritaires, hébergées souvent chez un particulier ou dans des locaux présentant un caractère insalubre ou dangereux. Si nous prenons le temps d’imaginer l’angoisse de ces foyers touchés par une précarité délitant toute relation sociale, comment ne point éprouver l’urgence de trouver de crédibles réponses.

L’application du DALO fait se lever une inquiétude de la part des maires des communes les plus sensibles qui voient leurs logements, d’une certaine façon, ‘réquisitionnés’ pour les plus vulnérables. Une France qui aggrave ses fractures avec le territoire des riches et celui des pauvres.

Que deviendront les plus pauvres ?

Or, la République est une et indivisible. Quand les valeurs sont à ce point démenties, l’exercice de la démocratie s’en trouve forcément troublé. Le Préfet d’une grande Région, conscient de cette situation, négocie avec des maires de communes en grande difficulté, les assurant que les bénéficiaires de logements au titre du Dalo disposeront de revenus qui n’accroitront pas la vulnérabilité de leurs territoires.

Surgit la question : que deviendront les plus pauvres ? Est-il cependant concevable, au risque d’attiser encore les violences, que les plus fragilisés soient orientés, pour ne point dire dirigés vers des ‘réserves’ se révélant les ‘casernes’ de la détresse alors que le taux de logement social brise toute possibilité de diversité.

La question de l’équilibre du territoire est enfin posée

Manuel Valls dans l’annonce des mesures de son Gouvernement pour lutter contre cet apartheid, prend en compte cette exigence demandant que des logements sociaux dans les zones prioritaires soient détruits, pour être reconstruits en priorité en dehors des quartiers sensibles.

Autre innovation, le fait que le logement social ne soit plus seulement défini par son financement mais par les ressources de ceux qui l’habitent. Le dispositif des surloyers de solidarité fléchés vers une remise sur quittance des locataires en souffrance sociale devrait trouver désormais une nouvelle acuité.

La politique sociale du logement qui s’esquisse doit être élaborée à l’aune de l’aménagement du territoire en veillant à corriger la carte scolaire qui encarte l’échec des plus démunis. Une nouvelle donne se présente pour lutter contre de dramatiques injustices, puisse-t-elle ne point être compromise par des clivages hors de propos.

Par Bernard Devert, fondateur d’Habitat et Humanisme, dans La Tribune