Alors que les partis nationaux ont réussi, parfois au prix d’alliances, à être présents dans la quasi-totalité des cantons des cinq départements, force est de constater que les grands absents de ces élections départementales sont les partis bretons. Un paradoxe quand, dans certains cercles d’électeurs, le mot d’ordre en faveur du vote breton semble être de plus en plus présent.

Pourtant, que ce soit l’UDB ou l’alliance qui s’est construite autour de Christian Troadec lors la dernière élection européenne, les candidats ne sont pas nombreux. Sur les réseaux sociaux, une carte montrant les cantons concernés a circulé et mettait en avant qu’au final moins d’un quart des électeurs bretons auront dans leur choix une liste locale. Cette carte soulignait également une volonté, avérée ou non, de ne pas entrer en concurrence directe sur les cantons où l’une ou l’autre des listes étaient présentes.

Autre information, les cantons concernés sont principalement situés en Basse Bretagne, et plus encore dans un triangle situé entre Saint Brieuc, Lorient et Carhaix, majoritairement. Il est bien évident qu’il s’agit des zones où ces partis sont susceptibles de recevoir un accueil plus favorable, il y a donc eu l’idée, plutôt que de semer sur tout le territoire, de réussir à tenter des «coups», en étant présents sur les zones où il était sans doute possible de faire un score honorable.

Plusieurs raisons peuvent expliquer cette relative absence sur le scrutin départemental. La première tient d’ailleurs dans l’importance que ces formations accordent aux départements. Que ce soit à l’UDB ou chez «Bretagne nous te ferons», l’idée est que cet échelon administratif doit disparaître. Tous sont favorables au renforcement de la région et à la collectivité unique que serait l’Assemblée de Bretagne. Et tous militent en ce sens. Dès lors, participer aux élections départementales n’aurait pas réellement de sens, sans compter que cela mobiliserait des moyens financiers, alors que l’élection régionale aura lieu, elle, quelques mois plus tard.

La question financière est d’ailleurs également une des raisons expliquant cette relative absence pour les départementales. Que ce soit à l’UDB ou dans l’alliance autour du maire de Carhaix, ces formations politiques ont-elles les moyens de financer deux campagnes électorales dans la même année ? Ce n’est pas certain. Les sommes à engager sont importantes et la possibilité de voir les frais de campagnes remboursés réduite dès lors que le risque de ne pas franchir la barre des 5% des inscrits existe.

D’autant que le matériel électoral aurait été important, avec une refonte du système électoral pour les départementales qui voit désormais les candidats être présents sur des mini-listes locales devant présenter une totale parité. Autant de candidats qu’il aurait fallu trouver pour les partis politiques, quand l’on sait que, par exemple, «Bretagne nous te ferons» est nettement moins présent en Haute Bretagne. Un système qui a sans doute tendance à verrouiller l’élection en ne permettant qu’aux grands partis nationaux de présenter un nombre conséquent de candidats.

Pour autant, est-ce que cela aurait été impossible ? Pas forcément. Le fait que le Front National, jusqu’à présent peu implanté en Bretagne, ait réussi à présenter des candidats sur la quasi-totalité des circonscriptions démontre qu’il est certainement possible de trouver des candidats susceptibles de porter les couleurs de telle ou telle formation politique. Bien entendu le FN dispose de moyens bien plus importants que l’UDB ou «Bretagne nous te ferons» mais au moins la question des candidats aurait sans doute pu être assurée.

Il est cependant évident que les élections régionales offrent plus de possibilités pour les petites formations. En étant un scrutin de liste tout d’abord, ce qui permet de trouver moins de candidats pour les constituer, en laissant une part plus importante à la proportionnelle d’autre part, contrairement aux départementales qui se font par circonscription. Même avec un score relativement peu élevé, les partis bretons peuvent être présents au Conseil régional fin décembre.

On peut cependant s’interroger sur la pertinence de faire quasiment l’impasse sur les élections départementales. Bien entendu, les chances des uns comme des autres de voir certains candidats être élus, à la notable exception sans doute de Christian Troadec sur sa circonscription, sont faibles voire nulles, mais en décidant de sauter l’un des deux scrutins de cette année d’élection, l’UDB comme «Bretagne nous te ferons» se privent d’une caisse de résonance.

Car dans le brouhaha médiatique, où il est déjà difficile de surnager lorsque l’on ne fait pas partie du sérail, se priver de l’occasion de venir à la rencontre des électeurs peut au final être une erreur. L’année 2015 va être une année de campagne électorale. Durant laquelle les grands partis vont phagocyter comme jamais le temps d’antenne. Le Parti Socialiste en premier lieu, qui enchaînera après les départementales avec sa campagne interne pour son prochain congrès.

Dans la figure de l’alternance aux deux grands partis politiques, PS et UMP, les médias nationaux mettent en avant le FN, qui dispose donc de cet avantage au niveau médiatique d’être désormais présenté comme la troisième force du pays. Les élections de 2014 l’ont démontré, sans même avoir besoin de faire campagne, ses candidats ont la possibilité de réaliser des scores intéressants, voire importants. Ce luxe, ni l’UDB ni «Bretagne nous te ferons» ne l’ont.

Pour eux, le seul moyen de montrer qu’ils existent et qu’ils proposent une alternative crédible et réelle aux partis nationaux passe par le fait d’être présents sur le terrain. Et les périodes électorales sont en particulier les plus propices en ce sens car les électeurs sont plus réceptifs aux discours politiques, et très certainement, dans le contexte actuel, aux discours politiques alternatifs.

En faisant, de manière contrainte ou volontaire, une croix sur les élections départementales, les partis bretons ne se facilitent donc pas la vie. Car le seul et unique moyen de faire en sorte que les électeurs intègrent l’existence d’un programme politique, c’est de le répéter sans cesse afin qu’il soit vu de manière naturelle par les électeurs. En n’étant présent que sur l’un des deux scrutins de l’année, tous prennent le risque que les citoyens, dont la mémoire est parfois courte, soient surpris de les voir lors des prochaines régionales.

Avoir deux scrutins dans une année est une chance qui permet aux électeurs de constater qu’une formation politique est présente sur la durée, non pas de manière ponctuelle. Cela assoit sa légitimité et évite l’oubli que favorise les années sans élection. En ayant été présents aux municipales et aux européennes en 2014, l’UDB et «Bretagne nous te ferons» entamaient une dynamique que leur absence, ou quasi absence, aux départementales pourrait enrayer. Et au final leur être préjudiciable.

Publié par Erwann Lucas-Salouhi sur le site Ar C’hannad