Article publié dans La Tribune par Pascale Paoli-Lebailly

214 projets labellisés en 10 ans pour 721 millions d’euros d’investissement en R&D, 40 brevets déposés. Pour la prochaine décennie, le Pôle Mer Bretagne Atlantique veut doubler ces chiffres et accompagner encore mieux la commercialisation de produits et services innovants liés à l’économie bleue. Cela passe par une intensification de son action en France et à l’international.

La tenue à Paris de la conférence sur les changements climatiques, COP 21, qui se tiendra du 30 novembre au 11 décembre prochain, va offrir au pôle Mer Bretagne Atlantique, une belle fenêtre de tir pour communiquer auprès du grand public.

Egalement partenaire du Tour de France pour le climat initié par la navigatrice Catherine Chabaud, le pôle de compétitivité veut profiter du coup de projecteur porté sur le rôle que jouent les océans dans l’équilibre du climat pour mettre en avant les innovations maritimes de demain, tant dans les domaines des énergies marines renouvelables (EMR), du naval que des biotechnologies bleues.

Les fêtes maritimes de Brest en 2016 ponctueront notamment cet effort de communication vers le grand public autour d’un village dédié aux sciences et aux technologies marines. C’est d’ailleurs, dans le domaine des EMR (hydrolien, éolien, énergie thermique), que les innovations sont les plus rapides et  spectaculaires.

« C’est une histoire industrielle qui se construit. Il y a dix ans, les énergies marines n’existaient pas, c’était une feuille vierge, confie Patrick Poupon, directeur du Pôle Mer Bretagne Atlantique, qui réunit les régions Bretagne, Pays de la Loire et Basse-Normandie. Avec 11 millions de km2 de zone économique exclusive, la France possède le deuxième plus grand territoire maritime de la planète. La mer est une richesse à préserver, et la croissance bleue un enjeu de développement économique important. Notre feuille de route nous conduit aussi à donner plus de visibilité à notre action. »

Facilitateur de projets collaboratifs et de business

Fondé en 2005, le Pôle Mer a pour mission de mettre en relation des PME, des groupes industriels (Roullier, DCNS Brest, Thalès..), des laboratoires de recherche et des organismes publics, autour de projets collaboratifs et innovants. Six domaines stratégiques sont concernés : la sécurité et la sûreté maritimes, le naval et le nautisme, les ressources énergétiques et minières marines, les ressources biologiques marines, l’environnement et l’aménagement du littoral, les ports, infrastructures et transport maritimes.

Depuis la R&D jusqu’au stade de la fabrication, de l’industrialisation à la mise sur le marché, le Pôle Mer est devenu un maillon essentiel dans l’accompagnement des porteurs de projets et le développement du secteur maritime.

« L’innovation conduit à l’industrialisation, ajoute Patrick Poupon, dont le service compte une quarantaine de personnes pour un budget de 1,6 million d’euros. L’économie maritime est un marché récent qu’il faut mettre en valeur. Notre mission consiste définir les axes porteurs en termes de business et à orienter les acteurs vers des marchés avec lesquels le retour sur investissement est possible. Favoriser  les occasions de rencontre entre le monde de la recherche et celui de l’entreprise, permet de mobiliser les fonds d’investissement, mettre en place des actions de lobbying ou faciliter le développement des technologies à l’international ».

500 projets labellisés dans 10 ans

Depuis 10 ans, l’effet cluster fonctionne bien : le Pôle Mer, qui compte 332 adhérents, dont plus de 50 % de PME, a labellisé à ce jour 214 projets pour un total de 721 millions d’euros d’investissement en R&D. 60 projets sont commercialisés ou industrialisés. 25 % des projets labellisés ont généré des innovations. Malgré les 200 millions d’euros d’aides publiques débloquées en 10 ans, 70 % des projets sont autofinancés par les consortiums.

D’abord venu en appui à l’écosystème breton, connu pour ses compétences académiques, industrielles et navales, le Pôle Mer joue désormais son rôle de facilitateur de développement au profit de l’économie maritime du Grand Ouest. Avec l’intégration en 2014 des Pays de la Loire, il espère profiter d’une dynamique de projets plus intensive et afficher 500 projets labellisés d’ici à 10 ans.

Navire du futur, biotechnologies et collaboration internationale

Plusieurs thématiques ont d’ailleurs le vent en poupe. L’élaboration du programme navire du futur, décliné pour toutes les marines (plaisance, militaire, pêche) mobilise déjà une quinzaine de projets. En améliorant la motorisation ou les formes de coques, les innovations visent à rendre les bateaux plus sûrs, plus propres, plus économes en carburant. Mégaptère 210, le bateau de pêche hauturier du futur, est même symbolique de cette démarche. Porté par les chantiers Bernard de Locmiquélic, ce projet de trimaran économe et insubmersible (budget 3,8 millions d’euros) a été retenu par le fonds unique interministériel (FUI).

« Les biotechnologies, et leurs applications au bien-être, à la cosmétique, à l’alimentation et à la santé, constituent aussi un domaine d’avenir. La biomasse marine est valorisée aujourd’hui à 100 % », poursuit Patrick Poupon.

En résumé, tout est bon dans le poisson, les algues ou encore les coquillages. Le projet normand Vécop (Granvilmer, Point P), transforme ainsi les crépidules, huîtres et bulots en pavés urbains draînants.

En veille permanente par rapport aux évolutions du marché, le Pôle Mer Bretagne Atlantique, qui collabore étroitement avec son jumeau de Méditerranée, va aussi accroître l’accompagnement  des entreprises (240 PME concernées en 10 ans) dans leur développement en Europe et à l’international. C’est l’objectif des missions de prospection et d’accords de collaboration pour le développement de projets collaboratifs déjà signés avec la Norvège, l’Angleterre, l’Allemagne, l’Italie, le Québec, le Brésil…

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Le numérique favorise l’éco-pêche, l’observation des océans et les transmissions

A la création des pôles de compétitivité en 2005, le numérique était déjà intégré à la démarche des entreprises et des centres de recherche, mais les rapides avancées technologiques ont permis d’aller encore plus loin. Des domaines comme l’observation des océans, la transmission par satellite, ou l’acoustique sous-marine profitent particulièrement des technologies numériques. Au sein du Pôle Mer, plusieurs labellisés développent des produits ou services liés au numérique. XSea à Brest a ainsi mis au point et commercialisé aux pêcheries de maquereaux et harengs des Iles Féroé un système de traitement logiciel pour améliorer les tactiques de pêche durable. De son côté, le projet Optipêche a permis le développement d’un sondeur multifaisceaux à « bas coût » permettant de voir devant le navire le positionnement du chalut, d’en réduire l’impact sur les fonds et d’améliorer la sélectivité des captures. Avec à la clé, des économies en matière de consommation d’énergie.

Dans le registre des transmissions, TMS répond aux besoins des usagers des navires et embarcations en zone côtière grâce à des terminaux maintenant la connectivité LTE (débit équivalent à la 4G sans liaison satellite) jusqu’à 20 milles nautiques. La mer possède des richesses à protéger, c’est aussi un vaste terrain d’expérimentations.