Article publié dans Ouest-France

A Beuzec-Cap-Sizun, le Gaec du Millier chauffe des bâtiments à partir de déchets agricoles non valorisables

Xavier Manceau (SDMO Industries), Claude Sergent (GAEC du Millier), Alain Christien (Pdg de Maiveo), André Sergent (GAEC), Grégoire Deroo (directeur-général de Maiveo), Nicole Sergent

Xavier Manceau (SDMO Industries), Claude Sergent (GAEC du Millier), Alain Christien (Pdg de Maiveo), André Sergent (GAEC), Grégoire Deroo (directeur-général de Maiveo), Nicole Sergent

Beuzec-Cap-Sizun, à deux pas de la pointe du Millier. C’est à quelques encablures de la Baie de Douarnenez que le GAEC du Millier formé d’André Sergent, président de la chambre d’agriculture du Finistère et de ses deux associés a créé la Sarl Cap Métha (gérée par Quentin Sergent, fils d’André) pour qu’elle exploite une unité de méthanisation. L’investissement atteint 1,4 million d’euros (22 % de subventions de l’ADEME, de la Région et du département du Finistère) que Cap Métha prévoit d’amortir en six ans.

Économie circulaire

Objectif ? Produire de l’énergie à partir des résidus non valorisables de l’élevage, et inscrire l’exploitation sur une trajectoire vers l’agroécologie chère au Gouvernement actuel. À savoir produire autant avec moins -moins d’intrants, moins d’eau- tout en améliorant son empreinte environnementale, notamment en réduisant les émissions de gaz à effets de serre lors du stockage des effluents pendant la période hivernale. De ce point de vue, le méthaniseur s’insère parfaitement dans le système agricole du GAEC Millier (230 hectares de terres, 130 vaches, et 350 truies naisseur engraisseur) parce qu’il se nourrit de la totalité des effluents de l’élevage et des résidus de cultures intercalaires. « Nous démarrons en tous les cas comme cela, mais nous pourrons très bien demain accepter des matières de l’extérieur, des produits verts par exemple », commente André Sergent.

C’est ni plus ni moins de l’économie circulaire, en ce sens que le méthaniseur permet, à partir des déchets (la biomasse) du système de production d’un premier bien, l’aliment, d’en produire un second, l’énergie. L’agriculteur aussi, a fait de l’économie circulaire en s’adressant à des industriels locaux -Maiveo pour le méthaniseur (filiale de Tuffigo-Rapidex) et  SDMO Industries (Brest)- plutôt qu’aux industriels allemands qui dominent le marché.

Une quarantaine de méthaniseurs en Bretagne

Il n’est guère facile de mener à bien ce type de dossiers et l’objectif du ministre Le Foll proclamé en 2013 (1 000 méthaniseurs d’ici à 2020) ne devrait pas être atteint. En vitesse de croisière, le méthaniseur des Sergent digèrera dans l’année 10 450 tonnes d’intrants dont 7 950 tonnes d’effluents (lisiers et fumiers de porcs et de bovins) et 1 500 tonnes de cultures intercalaires. Le méthane dégagé pendant le brassage alimentera un co-générateur de 207 kWe de puissance pour produire 1,656 million de kWh (la consommation de 600 foyers hors chauffage et eau chaude) revendus sur le réseau à ERDF.

Une partie de la chaleur du cogénérateur sera orientée vers les bâtiments d’élevage pour chauffer les salles de maternité, de post-sevrage et d’engraissement. L’autre partie reste encore orpheline. Les Sergent suivent différentes pistes pour la valoriser, comme le séchage de la luzerne ou d’une partie du lisier pour le commercialiser en sec. Car les lisiers « méthanisés » conservent tout leur potentiel de fertilisation. Près de la moitié rejoindra d’ailleurs la station de traitement pour en extraire tout l’azote. Il y a 40 à 45 méthaniseurs agricoles opérationnels en Bretagne dont une petite dizaine dans le Finistère.

Franck JOURDAIN, Ouest-France