Article publié sur le site de Ar Ch’annad

Et de onze. Depuis le 30 novembre, onze communes de la Bretagne historique ont donc eu l’occasion de se prononcer sur leur volonté, ou non, de voir la Loire-Atlantique revenir en Bretagne administrative mais également sur une possible fusion des six collectivités (le Conseil régional et les Conseils généraux) dans une seule et unique entité, l’Assemblée de Bretagne.

L’objectif de ces votations est simple : peser au maximum lors de la future campagne pour les élections régionales en démontrant qu’il y a une réelle adhésion populaire en faveur de la réunification et de cette assemblée unique. Après le raté de la réforme territoriale, pour laquelle le gouvernement a choisi de ne pas choisir dans l’Ouest de la France afin de ne pas froisser les potentats locaux, Dibab espère amener les candidats à prendre position pour que la nouvelle majorité régionale fasse ce qu’il faut afin d’y parvenir.

Symbolique, c’est à Saint-Viaud, en Loire-Atlantique, que les votations ont été lancées. La Loire-Atlantique est d’ailleurs le département qui en a connu le plus pour l’instant puisque près de la moitié des communes consultées sont situées sur ce territoire. Un élément qui est tout sauf anodin puisqu’il s’agit de démontrer avant toute chose que même dans ce département, la volonté populaire en faveur de la réunification est présente.

En soi, les enquêtes d’opinion ont déjà tendance à le démontrer. Lors du débat sur la réforme territoriale, l’association Bretagne Réunie avant déjà réussi à commanditer un sondage qui avait permis de démontrer qu’une très large majorité de la population des cinq départements étaient en faveur de la réunification. Pour l’heure, les onze votations viennent largement confirmer la tendance déjà observée.

Si elle n’a rien d’officielle, de fait, la campagne de Dibab n’en présente pas moins un intérêt évident. Car elle permet de disposer d’un échantillon de population sans aucune commune mesure avec une enquête d’opinion classique, basée sur un échantillon représentatif d’environ 1.000 personnes sur les cinq départements. Un nombre déjà très largement dépassé en seulement onze communes.

Alors certes, les opposants pourront toujours arguer du fait que la moyenne de participation à ces votations tourne autour des 15% des personnes en âge de voter sur les différentes communes, un âge d’ailleurs abaissé à 16 ans par l’association. C’est certes vrai. Mais il est également intéressant de constater que, malgré un faible relais médiatique et un travail uniquement bénévole, une association qui n’existait pas encore il y a un an, qui a donc également une crédibilité à construire, réussit tout de même à mobiliser 15% de la population. Quand certaines élections officielles atteignent péniblement les 50%.

Si l’on cherche des éléments de comparaison en terme de votation non officielle, avec des moyens autrement plus importants, les partis indépendantistes catalans, qui contrôlent la Generalitat, et, lors du vote, la majorité des communes de la région, étaient parvenus à une participation estimée entre 36 et 40%. Autant dire que réussir à mobiliser environ 15% du corps électoral de onze communes grâce quasiment exclusivement au porte-à-porte et à l’affichage relève quasiment de l’exploit.

Bien entendu, cette même participation est très aléatoire selon les communes. Ainsi, si Saint-Viaud ou Langouët se sont mobilisés à 20%, d’autres communes légèrement plus, il en existe également, comme à Chevaigné, où la participation a très difficilement dépassé à 3,5%. Preuve que, pour l’association, le travail de persuasion auprès de l’électorat peut encore demander beaucoup de temps.

L’autre enseignement de ces votations est de constater qu’elles ne déplacent pas uniquement les convaincus de la cause de la réunification. Si, jusqu’à présent, toutes les communes consultées se sont prononcées en faveur des deux questions à une très large majorité, il est intéressant de constater qu’environ 20% des personnes votent contre la réunification. Sur la seconde question, celle de l’assemblée unique, ils sont à peu près la même proportion à la rejeter.

En définitive, fait également intéressant, les votations viennent pour l’instant confirmer, dans des proportions à peu près identiques, les résultats des enquêtes d’opinion en la matière. La dernière en date donnait environ 75% des habitants des cinq départements en faveur de la réunification, les votations donnent un résultat à peine supérieur. Chaque mode de consultation trouve donc ici la confirmation de son résultat : un écart de 5% est en règle générale la marge d’erreur admise par les instituts de sondage, à peu de chose près.

Dans ces conditions, pourquoi continuer les votations, si elles ne font que confirmer ce que montrent déjà les sondages ? Pour une simple et bonne raison : l’échantillon. Avoir un échantillon d’un millier de personnes interrogées ou de plusieurs milliers, voire dizaines de milliers dans l’hypothèse (hautement improbable pour l’instant) où Dibab finirait par mener ses votations dans l’ensemble des communes bretonnes, n’a certainement pas le même poids.

D’autant moins lorsque le personnel politique semble renoncer, sur les deux sujets. La réunification est bien entendu le plus important des renoncements, avec des dizaines de voeux votés à tous les échelons, bien souvent à l’unanimité, durant les dernières années pour finalement pas grand-chose. Pire, certains élus, après avoir voté en faveur lors des voeux, ont fini par se prononcer contre, ou pour la fusion de la Bretagne et des Pays-de-la-Loire. Même sur l’assemblée unique, ses plus ardents défenseurs il y a un an, le député Jean-Jacques Urvoas ou le président du Conseil régional Pierrick Massiot, sont désormais bien silencieux.

Les récentes mésaventures de l’association, lors de la dernière consultation au Petit-Auverné en particulier, où la mairie a décidé au dernier moment de ne plus mettre à disposition un local municipal après en avoir accepté le principe, visiblement sous la pression de la sous-préfecture, auraient tendance à démontrer que les votations sont suivies de près par l’Etat, qui n’a sans doute pas trop intérêt à voir le débat sur la réforme territoriale revenir par la fenêtre alors qu’il espérait avoir tourné la page. D’un point de vue citoyen, parce qu’elle permet de relancer le débat d’idées, la démarche de Dibab est donc essentielle.