Article de Pascal Gateaud sur usinenouvelle.com

La crise porcine survient trois ans après le naufrage du pôle frais du volailler Doux. Elle souligne les limites du modèle agricole breton.

Faut-il manquer à ce point de mémoire ? La crise porcine survient trois ans après le naufrage du volailler Doux. Lequel avait révélé, après le dépôt de bilan du groupe Bourgoin en 2000, et le démantèlement du groupe coopératif Unicopa en 2010, la perte de compétitivité de la volaille « made in France ».

Malheureusement, les enseignements tirés de la liquidation du pôle frais de Doux semblent s’être perdus quelque part en Bretagne. Il n’y a pourtant pas de fatalité à voir l’agriculture et l’agroalimentaire français perdre leur leadership en Europe et sur les grands marchés d’exportation. La stratégie gagnante d’un LDC, qui occupe l’ensemble du rayon volailles avec ses différentes marques, et qui investit dans des usines optimisées, renvoie à celle de la coopérative Cooperl Arc Atlantique, qui a déclenché la crise au sein du Marché du porc breton.

Avec ses 2700 éleveurs adhérents et ses 5000 salariés, Cooperl a su diversifier ses activités en investissant dans des salaisonneries, dans une usine de production de plats cuisinés, dans la fabrication d’aliments et même dans un réseau de boucheries de proximité. Et s’il abat quelque 4,7 millions de porcs par an, il fait aussi le choix de la qualité en produisant des porcs sans antibiotique. Il est trop facile de voir en Cooperl – et en Bigard Socopa qui s’en tient, pour sa part, à son refus de communiquer- le(s) coupable(s) de la crise porcine. Cela fait des années que le modèle agricole intensif breton donne des signes de faiblesse. Ce qui fut longtemps un gage de succès –des produits bon marché destinés en priorité à la grande distribution – ne fonctionne plus, du moins plus aussi bien. Inutile d’invoquer les changements de la politique agricole commune.

La fin des subventions n’a fait que hâter la disparition des entreprises qui se contentaient de mettre sur le marché des produits peu transformés. Quand on persiste à produire low cost, on finit toujours par être doublé par plus low cost que soi ! Désormais, il ne s’agit plus seulement de produire des volumes, mais de créer de la valeur ajoutée, en misant sur des marques fortes et du service, bref, d’améliorer la qualité. C’est à ce prix que l’on pourra faire accepter aux consommateurs de payer plus chers ce qu’ils mettent dans leurs assiettes. Cela n’exonère pas les pouvoirs publics et les opérateurs des différentes filières d’une nécessaire réflexion sur la baisse des charges des agriculteurs et des industriels. Mais à long terme, cela ne sera pas suffisant !