« Le système centralisé est à bout de souffle et d’une inefficacité absolue » : Grégory Berkovicz porte la vision d’un fédéralisme français

Président de l‘association France Fédérale, Grégory Berkovicz s’emploie pour promouvoir l’évolution de la Constitution française vers un modèle de République fédérale. Avec plusieurs membres de l’association, dont Emmanuel Faivre et Jean-Louis Borloo, il est d’ailleurs intervenu le 11 juin au Conseil régional de Bretagne, « l’une des destinations les plus attendues de notre Tour de France ».

Pourquoi les mouvements régionalistes peinent-ils à faire entendre leur voix face à l’État
central ?
Grégory Berkovicz : Je regrette que les mouvements s’exprimant sur ce sujet le fassent systématiquement au travers
de leurs particularités locales propres. L’État central profite de cette dispersion. Ce que
demandent la Bretagne, la Corse, le Pays Basque, l’Alsace, globalement, c’est un système
fédéral. Mais quand les Bretons parlent pour les Bretons, les Basques pour les Basques, les
Alsaciens pour les Alsaciens, il y a un effet de dispersion et de perte de crédibilité.
L’administration centrale en joue pour garder son pouvoir. Elle dit que les Bretons viennent
réclamer des prérogatives, mais que tout ça relève finalement du folklore celte. En rendant ça
amusant, en parlant du village gaulois breton, on décrédibilise le propos.

Comment nommer le mouvement que vous portez : fédéralisme, régionalisme ?
GB : Je ne suis pas dogmatique sur la sémantique. Mon premier livre s’appelait « Pour une France
fédérale ». On peut aussi appeler ça régionalisme à l’italienne ou à l’espagnole. Aujourd’hui, Jean-
Louis Borloo parle plus volontiers des provinces que de fédéralisme. Les Italiens, eux, l’appellent
« fédéralisme fiscal ». Mais la sémantique, à mon sens, ce n’est pas le sujet. Ce qui compte, c’est
le fond : la France ne fonctionne plus. Le système centralisé est à bout de souffle et d’une
inefficacité absolue. Plus personne n’y comprend rien.

Quelle est la clé pour que ce mouvement devienne véritablement audible à l’échelle
nationale ?
GB : Un mouvement fédéraliste n’est pas un mouvement régional, c’est un mouvement national.
Comprendre ça, c’est fondamental. Les Corses se sont trompés de combat d’une certaine façon.
L’administration centrale peut se permettre de leur faire des promesses vides parce qu’ils sont
seuls dans leur revendication. Regardez ce qui se passe quand on fait de l’interrégional :
l’initiative Territoire Solidaire lance un sondage, et on obtient ce chiffre formidable de 71% des
Français favorables au fédéralisme. Ça change tout. Si ce sondage avait été fait en Bretagne par
les Bretons et en Corse par les Corses, ça aurait eu beaucoup moins de valeur.

Concrètement, à quoi ressemblerait l’organisation des compétences dans un système
fédéral ?
GB : L’idée centrale, c’est la compétence exclusive. Communal, provincial, peu importe le nom : un
niveau de territoire dispose d’une compétence dévolue de manière exclusive. Ce qu’il faut
arrêter : cinq niveaux de territoire qui exercent la même chose. Et ce territoire a sur cette
compétence exclusive les pouvoirs réglementaires et législatifs. L’État fédéral, lui, ne sera plus
juge et partie : il sera uniquement l’arbitre des normes minimales à respecter et l’acteur de la
péréquation. Il ne s’occupera plus des compétences transférées. C’est tout l’inverse de la
verticalité descendante qu’on connaît aujourd’hui.

Faut-il forcément passer par les régions, ou les départements ont-ils encore leur place ?
GB : Il faut arrêter d’être dogmatique. Je ne suis pas plus régionaliste que départementaliste. Je pense
que le département d’Alsace a plus de sens que la région Grand-Est. Mais je pense aussi que la
région Bretagne a plus de sens que l’Ille-et-Vilaine. C’est adapté à la réalité de chaque territoire.
Là où les territoires voudront s’organiser en intercommunalité, ce doit être possible. Là où ils
voudront maintenir les départements, il faudra que ce soit possible aussi.

Quel rôle joue la fiscalité dans ce projet ?
GB : C’est le cœur de tout le reste. Un transfert de compétences ne peut exister que s’il est
accompagné d’un transfert de fiscalité et d’une autonomie budgétaire. Un bloc de compétences
correspond à un bloc de fiscalité. Quand un maire vote un budget dont dépend directement
l’impôt local et que le citoyen peut constater par lui-même l’exercice de la compétence financée,
les gens commencent à s’intéresser à nouveau à la politique. À l’inverse, au plan national, plus
personne ne comprend qui fait quoi. Plus on s’éloigne, plus on perd du sens. C’est le principe de
subsidiarité ascendante : la compétence doit s’exercer le plus en proximité possible, et on ne
remonte que ce qui doit l’être.

Les Français sont-ils culturellement prêts pour ce changement ?
GB : 71% des Français ont l’air de dire que oui, c’est la première réponse. La deuxième, c’est qu’on a
touché le fond. Je n’ai pas encore trouvé un homme politique, un intellectuel, un haut
fonctionnaire ou même un citoyen capable de me dire franchement que tout va bien et qu’il faut
continuer comme ça. En dehors du système actuel, il n’existe dans le monde que deux modèles :
le système ultra-centralisé ou le système fédéral. Notre hybridation à la française ne fonctionne
pas. Essayons le système fédéral.

 

Quelles sont les prochaines étapes concrètes de votre association ?
GB : Nous avons trois objectifs. D’abord, un manifeste signé par le plus grand nombre de femmes et
d’hommes engagés, qui constituera la charte de base de ce mouvement fédéraliste. Ensuite, des
propositions de loi organique au Sénat et à l’Assemblée, autorisant le transfert pur et simple de
compétences avec la fiscalité et l’autonomie budgétaire qui vont avec. Nous voulons réanimer le
principe de libre administration mais pour de vrai, dans un cadre de type fédéral. Et enfin,
continuer notre tour de France en 2026 pour aller rencontrer les acteurs locaux dans toutes les
régions, y compris des préfets et sous-préfets, et faire en sorte que tous les candidats sérieux à la
présidentielle comprennent que la France a besoin de ce changement.

La subsidiarité en action : condition de la décentralisation ?

Jeudi 28 mai, le Sénat proposait une réflexion pour interroger le principe de subsidiarité comme fondement et levier de la décentralisation. Autour de deux tables rondes, élus et chercheurs ont exploré les fondements juridiques et philosophiques, mais aussi les applications concrètes déjà menées. Objectif : recherche d’un équilibre entre efficacité de l’action publique et proximité citoyenne. Découvrir l’intégralité du colloque.

Article publié par le Sénat.

Face à la loi 3DS, « nous voulons garder nos noms de lieux en breton »

Allée de Pélicans ou rue des Aras… Ces noms fantaisistes risquent de fleurir dans les communes de Bretagne, en lieu et place des toponymes en langue bretonne usités depuis des siècles et ce, sous l’impulsion de la loi 3DS (loi relative à la différenciation, la décentralisation, la déconcentration et la simplification de l’action publique locale). Lire l’intégralité de l’article. 

Article publié par Penn Bazh.

« Si on veut protéger la biodiversité d’un territoire, la priorité n°1 est de protéger l’apiculture »

Philippe Le Duff, dirigeant du Manoir des abeilles à Pontorson et Dol de Bretagne, était le deuxième grand témoin de l’université d’été 2025 de Bretagne Prospective. Cette journée rassemblait plusieurs acteurs de 4 grands ensembles régionaux : Bretagne, Normandie, Val de Loire, Vendée/Poitou.

Fin août 2025, le think tank breton a réuni à Nantes des acteurs de ces territoires pour échanger sur les constats faits par différents intervenants, mais aussi pour proposer des pistes d’évolution afin de gagner en efficacité. Un sondage Ifop publié le même jour soulignait « le régionalisme français qui s’affirme comme une dynamique majoritaire incitant à repenser l’organisation territoriale du pays », selon François Fraus, directeur de l’institut de sondage. Le thème de l’université d’été répond ainsi aux attentes des citoyens. Ces sujets ont été abordés par Jean Ollivro en ouverture de cette journée de réflexion stimulante.

Crise du logement : pour Jean Ollivro, la clé réside dans la décentralisation

La Bretagne, comme de nombreuses régions françaises, fait face à un défi majeur, celui de la crise du logement. Attractive, elle accueille près 20 000 habitants de plus chaque année. Pour loger cette population, en limitant l’artificialisation des espaces naturels, les forces politiques, associations, bailleurs sociaux et acteurs locaux tentent de trouver des solutions. Ces solutions doivent puiser leur essence dans les spécificités du territoire, dans une logique de décentralisation, d’après le géographe et président du Think tank Bretagne Prospective qui s’en explique à MAPInfo. L’intégralité de l’article

Article d’Adèle Charrier publié par MapInfo