Le courage : les jeunes montrent la voie

Le courage : les jeunes montrent la voie

Ur vezh. Une honte. Voilà désormais que des jeunes qui ont réalisé leurs études en breton n’ont pas le droit de passer leur bac en breton.

Voilà donc, dans « la » patrie des droits de l’homme, la situation en 2018.

A force de persévérance (la première école Diwan est créée sans l’aval de l’Etat, le lycée Diwan de Carhaix  est notamment lancé grâce aux Vieilles Charrues…), quelques jeunes Bretons ont au forceps tout simplement le droit de parler une langue. La Bretagne attend depuis des décennies une simple reconnaissance et un droit élémentaire reconnu partout en Europe.

Mais voilà. En France c’est non. Sous de nouveaux mobiles, le Rectorat leur « interdit » pour le baccalauréat de composer en breton. C’est interdit. C’est écrit. Un jeune qui a, depuis plusieurs années, eu enfin le droit de préparer un examen avec une langue va être évalué avec une autre. Il n’a pas le droit. Vous avez bien lu.

Mais dans quel Etat sommes-nous ? On se croirait en 1925 au temps de De Monzie (« Pour l’unité linguistique de la France, la langue bretonne doit disparaître »). Le Président ne vient-il pas de déclarer à Quimper (en 2018 quand même) que la langue bretonne « n’était plus » (sic !) une « menace » (sic) pour la République ? Mais où sont les Parisiens ? De quoi ces gens ont-ils peur ? D’une culture, d’une langue, d’une identité qui n’est pas la leur ? Qu’ils ne connaissent pas ? Comment expliquer en 2018 que cet Etat toujours prompt  à donner des grandes leçons de « démocratie » au monde entier soit aussi archaïque, figé, pour tout dire insupportable.

Ah la « France ». Ce magnifique pays des « Droits de l’Homme ». Jusqu’où cette farce ira-telle ?

On ne peut que saluer le courage de ces quinze jeunes qui disent non. Oui, ils risquent leur année. Mais ils partent au combat. Quand la porte de la démocratie est fermée, ils tentent de l’ouvrir ailleurs.

Jean Ollivro, Bretagne Prospective

 

Pour un Pacte girondin en Bretagne

Pour un Pacte girondin en Bretagne

Pour un Pacte girondin en Bretagne, par Jean-Michel Le Boulanger

« J’ai remis récemment au Président de la Région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, un dossier rédigé par un groupe de travail formé de quatorze élus de tous les bords politiques de l’Assemblée régionale (hors FN) sur la question de la différenciation.

Le propos du groupe de travail, que je présidais, est simple. Sans rien abandonner des vœux émis par le Conseil régional (B5, Assemblée de Bretagne, Charte des langues européennes…), nous souhaitons simplement dans ce document répondre au Président de la République qui a affirmé à plusieurs reprises souhaiter nouer « des accords de confiance » avec les territoires. « Osons conclure de vrais pactes girondins fondés sur la confiance et sur la responsabilité », disait-il le 3 juillet 2017. Depuis, le gouvernement a engagé une réforme constitutionnelle intégrant l’idée d’une « différenciation », au nom d’une meilleure efficacité de l’action publique.

Article publié sur nhu.bzh

Régionalisation : la Bretagne veut tester sa différence

Régionalisation : la Bretagne veut tester sa différence

Emmanuel Macron souhaite conclure un nouveau « pacte girondin » avec les régions en permettant un droit à la différenciation. Le conseil régional de Bretagne a saisi l’opportunité. Un groupe de travail vient de remettre ce lundi un rapport contenant 29 pistes d’expérimentation.

En février dernier, en déplacement en Corse, le chef de l’Etat a souhaité donner des gages sur la décentralisation en défendant  un nouveau « pacte girondin » avec les régions. Dans ce nouveau contrat de confiance, une clause importante: le droit à la différenciation. Pour la Bretagne, souvent lestée par un jacobinisme latent, il y a donc désormais une fenêtre de tir.

L’intégralité de l’article

Article de Robin Durand publié sur le site de France 3

L’eau : un enjeu majeur pour le légume breton

L’eau : un enjeu majeur pour le légume breton

Les Bretons ont besoin d’eau ? Leurs légumes oui ! Les légumiers réclament un accès à l’eau pour assurer la pérennité de la filière. Si la bonne volonté est de mise pour protéger la ressource, respecter les règles et protéger l’environnement, les demandes d’autorisation de retenues collinaires se font, elles, très pressantes.
Et oui, herbe et légumes ne poussent pas tout seuls en Bretagne, malgré une pluviométrie record à faire pâlir les producteurs du Sud-Ouest…

L’intégralité de l’article

Article de Hélène Bonneau publié sur le site Terra.bzh

 

Pour une météo bretonne de précision : aux décideurs de jouer

Pour une météo bretonne de précision : aux décideurs de jouer

« On n’a pas été prévenu », disent les habitants. « Il n’y avait pas moyen de prévoir », répondent les élus. « Pour un orage, ce n’est pas possible car le degré de fiabilité des prévisions n’est pas suffisant », dit à la télé un météorologue. Soit.

Il est possible de rester les bras plus ou moins ballants devant ces fatalités. Toutefois, il reste aussi curieux en 2018 de voir différents cafouillages dans les transmissions (à Plérin par exemple, entre les services de la Préfecture, la mairie et la population), voire de constater qu’à Morlaix ou Dinard les gens n’avaient qu’à plonger dans leurs bottes au dernier moment. Comme ailleurs en France, la vague des orages a, certes, été exceptionnelle et il reste très difficile de prévoir des trombes si soudaines. A l’inverse, plus les prévisions sont certifiées à l’échelle locale (le « sur-mesure »), moins on a de chances de se tromper.

Dans ce cadre, on a plusieurs fois vanté la start-up « météo Bretagne » de deux jeunes passionnés de météo. On a rappelé que le climat breton était le plus complexe de France (V. Dubreuil), avec à la fois une faible variation sur l’année et une immense variabilité structurelle liées à l’originalité péninsulaire (tempêtes, amplitude des marées, etc.). On a souligné que l’échelle française était trop vaste et nébuleuse pour prendre en compte ces spécificités régionales et locales.

On sait aussi que le réchauffement climatique risque fortement de multiplier le nombre des épisodes climatiques violents, avec une fréquence répétée d’accidents (comme à Morlaix), des conséquences économiques redoutables (la dévastation de locaux, le renchérissement exponentiel du prix des assurances, un essor des risques humains, etc.).

Avec leurs 70 stations locales, ces jeunes ont été une nouvelle fois les premiers à annoncer plus justement ces orages, ont multiplié les messages plus précis de prévention, ont été sur leur pages Facebook (déjà 31 000 « j’aime ») les premiers à diffuser les premières images, tout simplement car ils en appellent à une météo très scientifique élaborée à l’aide de stations locales et non d’algorithmes. Ils mettent aussi en place une météo participative (chacun peut poster ses photos ou vidéos) plutôt que descendante. Ils sont déjà dans le monde de demain, créant la maîtrise de l’environnement pour plus de développement.

Tout va bien ? Ils font des prouesses avec leurs 70 stations. Toutefois, de façon incompréhensible, les mairies bretonnes suivent peu (environ 1 000 Euros l’équipement !). Pas de station à Morlaix. Pas de station à Brest. Aucune dans le cap Sizun ou dans la presqu’île de Crozon. Alors que le secteur de Dinan-Saint-Malo par exemple est bien maillé, un vide surprenant concerne tout l’est de l’Ille-et-Vilaine et le Kreiz Breizh.

Ce n’est pas trop le style de la maison de faire la promotion d’une société, association ou entreprise. A l’inverse, on est surpris de voir le peu de réactions des élus bretons, voire leur apathie, alors que ce projet prouve sa performance (ils aident désormais la météo sur différentes chaînes bretonnes), qu’il est multi-services (par exemple pour informer en direct dans la commune les habitants sur « le temps qu’il fait », annoncer sur certains panneaux numériques en direct les risques, etc.). Le rêve de ces météorologues et prévisionnistes est d’avoir au moins une station par commune, de progresser sur la prévision, d’avoir une météo enfin fiable sur toute la Bretagne. C’est une réponse au fonctionnement des nouvelles sociétés et une solution pour demain. Au lieu de croire encore comme beaucoup à des météos pyramidales et des précisions descendantes « parce que cela a toujours été comme cela », la construction de cet outil mariant le global  (la précision satellitaire dont ils disposent) au local (des stations décentralisées en open source, la participation de la population) serait certainement une première mondiale. Vu les budgets nécessaires, n’est-il pas temps en 2018 d’en cesser avec ces discours fatalistes répétant « qu’on n’y peut rien ». Si les décideurs se bougent, le ciel nous tombera moins vite sur la tête.

(((Lien site)))

Bretagne Prospective

 

 

 

Qui a peur du nom Bretagne ?

Bretagne Prospective a depuis longtemps évoqué les enjeux de dénomination des territoires. Evoquer un introuvable « Grand » ( ?) Est ou l’Alsace n’est pas identique. Si à l’échelle européenne, on évoque un quelconque sud ou ouest, chacun le positionnera différemment selon sa propre localisation. Où par exemple un suédois peut-il positionner le Sud, étant donné qu’il y en a partout puisque c’est par définition un repère relatif, une orientation. Un habitant de Bordeaux verra tour à tour l’ouest à Arcachon ou au Chili, selon ce qu’il cherche ou ses représentations. En Bretagne, on a maintes fois souligné que le mot Bretagne est repérable quand le terme Ouest est tour à tour mythique (la course du soleil, l’ouest américain) et vide de sens (chaque point d’un territoire, quel qu’il soit, est à l’ouest de l’autre). Mythe, vide ou bide ? Trois nouveaux exemples sont intéressants.

La Région de la Bretagne administrée a financé sur un ton un peu décalé une campagne « Passez à l’ouest ». Ici, on nous dit qu’on joue précisément sur l’humour. En somme, il s’agit de faire saliver les gens sur un mot devenu exotique et parfois repris par certains pour évoquer la marginalité (celui-là est « complètement » à l’ouest). Pourquoi pas. Toutefois, cela nous semble contre-productif pour deux raisons. Le premier est que de multiples scientifiques nous ont depuis longtemps démontré l’importance des centralités (économiques, sociales, de représentation). « Le centre, c’est là où les choses se passent » nous dit le géographe A. Reynaud. Dans de nombreux ouvrages écrits sur la mondialisation, de multiples auteurs (Dollfus, Veltz, Brunet, Lévy, Durand, Rétaillé…) nous ont expliqué l’importance clé de se mettre au milieu des autres, d’être un espace perçu comme incontournable, effectivement « là où les choses se passent ». En choisissant d’elle-même la promotion « Passez à l’ouest », la Région Bretagne se tire une balle dans le pied. Elle affirme elle-même qu’elle doit être vue comme « l’ouest de Paris » avec les risques évidents de devenir un horizon touristique comme un autre. Les mots disent et il est pour le moins paradoxal qu’un pouvoir régional censé affirmer la Bretagne choisisse un terme relatif pour se désigner. La Bretagne n’est pas un point cardinal. C’est une terre de civilisation qui existe justement car elle n’est pas encore diluée dans ce « grand ouest mou » que dénonce aussi Jean-Yves Le Drian. On répète que les premières fois où les mots « ouest » ont été choisis, c’était pour les régions militaires ou pour les chemins de fer, avec sans aller jusqu’à parler de colonie (l’A.O.F) des mots qui ont une signification et sont souvent sans limites ou frontières précises puisque leur objet est précisément de les effacer. Pour exister, la Bretagne n’a eu de cesse de se démarquer du grand ouest et en communication ce mot vaut cher, comme l’atteste l’attractivité d’une région qui se démarque car elle a un nom fiable, une histoire noble et respectable que l’on ne peut tourner en dérision, une notoriété. Les touristes eux-mêmes disent fièrement qu’ils sont allés en Bretagne. Et voilà que notre pauvre région leur dit qu’ils vont « passer à l’ouest ». A pleurer.

Le second exemple est plus récent et concerne la mise en place d’une nouvelle plate-forme de covoiturage intitulée GoOuest. Comme la péninsule dispose de mobilités singulières, les promoteurs du projet ont à tort ou à raison décidé de créer un outil de mobilité plus écologique à l’échelle de la péninsule et l’on peut les en féliciter. On a donc la Bretagne administrée et les instances de Saint-Nazaire et de Nantes qui participent naturellement au projet. Toutefois, on nous dit dans le texte explicatif qu’il s’agit de favoriser les… « mobilités du grand ouest » et l’on choisit donc une nouvelle fois un « GoOuest » en apparence moderne. En apparence seulement.

D’une part, sa géographie n’est pas réellement sur un « Grand » Ouest dont on a trouvé une douzaine de découpages différents. Sa géographie est bel et bien exclusivement sur une péninsule que beaucoup appellent Bretagne ; et l’on constate d’ailleurs que les autres départements des Pays de Loire en sont évincés.

D’autre part, on peut douter de la pertinence d’un nom avec des gens qui, par définition, sont au centre de leur propre espace et l’on entend très rarement les habitants de la péninsule dire qu’ils habitent un ouest. Un habitant vit chez lui et, s’il n’est évidemment pas au centre du monde, il a au moins le mérite d’être au centre de lui-même. Le mot Ouest n’a pas d’adresse, n’est pas adroit. Un peu de sérieux exige des mots localisés, y compris avec les outils numériques pour se repérer et surtout apparaître.

Dans le détail, on pourra aussi remarquer que si les Nantais voulant aller à Brest ont peut-être besoin d’un GoOuest, ils auront plutôt besoin d’un GoEst pour le retour. La question est donc la cible de ses appellations hors-sol et surtout le message qu’elles font passer. Sur le fond, alors qu’il s’agit certainement d’un outil utile pour la péninsule, on s’affiche telle une périphérie. Ici, c’est même l’ouest « de rien » puisque, nulle part, n’est évoquée une référence à ce qui pourrait être un centre. En somme, des entreprises choisissent aujourd’hui des périmètres de diffusion et c’est leur choix (Ouest-France par exemple se définit par rapport à une géographie et définit son périmètre de diffusion sur une douzaine de départements). C’est cohérent, d’autant que le mot France permet la localisation. A l’inverse, l’ouest sans aucune référence, sans précision relative, ou pire comme affirmation d’une périphéricité sous-jacente est tout simplement un problème. Tout particulièrement lorsque cela vient d’une région censée s’appeler… Bretagne.

Le troisième exemple, un peu différent, est la récente appellation touristique créée par Nantes, Rennes, Saint-Nazaire et Saint-Malo « jusqu’au Mont Saint-Michel ». Le constat, réalisé par le directeur général du Voyage à Nantes » est très clair : « la Bretagne se voit de loin ». A une époque où le tourisme connaît un envol inouï (250 millions de touristes dans le monde en 1980 et… 1,6 milliard aujourd’hui), l’ambition est de créer un « marketing territorial solide » fondé sur une appellation claire. Comme chacun constate que l’identité et la culture bretonne sont une chance, on se réfère sur l’affiche à l’histoire bretonne avec une danseuse du cercle celtique du Croisty portant une coiffe et habillée en costume traditionnel. Tout le monde se dit alors que le mot Bretagne va apparaître puisque « l’ouest chinois » est peut-être proche de la Sibérie.

Et bien non. Le titre choisi est « Traversée moderne d’un vieux pays » (sic). On imagine la réaction du Chinois ou du Japonais qui ne va évidemment strictement rien comprendre à ce qu’on lui raconte. On est aujourd’hui dans la situation suivante. Comment pomper au maximum l’identité et les valeurs incontournables de la Bretagne… sans en aucun cas en prononcer, en citer, en donner le nom, « BRETAGNE »… Cela serait sacrilège et contrarierait tous les dogmes républicains, portés, transfugés, inoculés… encore et encore… par nos politiques, gravement intoxiqués au jacobinisme, au centralisme et à la France universelle… etc. Ouest et charabia ? Il y aurait de quoi en faire une thèse. Comment profiter de la Bretagne sans jamais prononcer son nom ?